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	<title>Conseils à un jeune &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<title>Conseils à un jeune &#8211; Classiclass-blog</title>
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		<title>
  La Peau de chagrin &#8211; Balzac</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 15:35:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[Enfant ! Chacun de vos jours ne vous offrira-t-il pas une énigme plus intéressante que ne l’est celle-ci ? Écoutez-moi. J’ai vu la cour licencieuse du régent. Comme vous, j’étais alors dans la misère, j’ai mendié mon pain ; néanmoins j’ai atteint l’âge de cent deux ans, et suis devenu millionnaire : le malheur m’a donné la fortune, l’ignorance m’a instruit. Je vais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Au début du roman, un jeune homme au bord du suicide, découvre chez un antiquaire une « peau de chagrin », un morceau de cuir ayant le pouvoir de réaliser tous les désirs de son possesseur, mais à une condition&#8230; inscrite sur la peau.</em></strong></p>



<p><strong><em>Dans ce passage, nous lisons l&rsquo;inscription sur la peau de chagrin, et le vieux marchand commence un long discours destiné au jeune homme.</em></strong></p>



<p>Si tu me possèdes, tu posséderas tout.<br>mais ta vie m’appartiendra. Dieu l’a<br>voulu ainsi. Désire, et tes désirs<br>seront accomplis. Mais règle<br>tes souhaits sur ta vie.<br>Elle est la. À chaque<br>vouloir je décroitrai<br>comme tes jours.<br>Me veux-tu ?<br>Prends. Dieu<br>t’exaucera.<br>soit !</p>



<p>– Ah ! vous lisez couramment le sanscrit, dit le vieillard. Peut-être avez-vous voyagé en Perse ou dans le Bengale ?</p>



<p>– Non, monsieur, répondit le jeune homme en tâtant avec curiosité cette peau symbolique, assez semblable à une feuille de métal par son peu de flexibilité. Le vieux marchand remit la lampe sur la colonne où il l’avait prise, en lançant au jeune homme un regard empreint d’une froide ironie qui semblait dire : Il ne pense déjà plus à mourir.<br><br>– Est-ce une plaisanterie, est-ce un mystère ? demanda le jeune inconnu.<br>Le vieillard hocha de la tête et dit gravement :</p>



<p>– Je ne saurais vous répondre. J’ai offert le terrible pouvoir que donne ce talisman à des<br>hommes doués de plus d’énergie que vous ne paraissiez en avoir ; mais, tout en se moquant de la problématique influence qu’il devait exercer sur leurs destinées futures, aucun n’a voulu se risquer à conclure ce contrat si fatalement proposé par je ne sais quelle puissance. Je pense comme eux, j’ai douté, je me suis abstenu, et…</p>



<p>– Et vous n’avez pas même essayé ? dit le jeune homme en l’interrompant.</p>



<p>– Essayer ! dit le vieillard. Si vous étiez sur la colonne de la place Vendôme, essaieriez-vous de vous jeter dans les airs ? Peut-on arrêter le cours de la vie ? L’homme a-t-il jamais pu scinder la mort ? Avant d’entrer dans ce cabinet, vous aviez résolu de vous suicider ; mais tout à coup un secret vous occupe et vous distrait de mourir.</p>



<p>Enfant ! Chacun de vos jours ne vous offrira-t-il pas une énigme plus intéressante que ne l’est celle-ci ? Écoutez-moi. J’ai vu la cour licencieuse du régent. Comme vous, j’étais alors dans la misère, j’ai mendié mon pain ; néanmoins j’ai atteint l’âge de cent deux ans, et suis devenu millionnaire : le malheur m’a donné la fortune, l’ignorance m’a instruit. Je vais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort : VOULOIR et POUVOIR. Entre ces deux termes de l’action humaine il est une autre formule dont s’emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi le désir ou le vouloir est mort en moi, tué par la pensée ; le mouvement ou le pouvoir s’est résolu par le jeu naturel de mes organes. En deux mots, j’ai placé ma vie, non dans le cœur qui se brise, ou dans les sens qui s’émoussent ; mais dans le cerveau qui ne s’use pas et qui survit à tout. Rien d’excessif n’a froissé ni mon âme ni mon corps. Cependant j’ai vu le monde entier : mes pieds ont foulé les plus hautes montagnes de l’Asie et de l’Amérique, j’ai appris tous les langages humains, et j’ai vécu sous tous les régimes : j’ai prêté mon argent à un Chinois en prenant pour gage le corps de son père, j’ai dormi sous la tente de l’Arabe sur la foi de sa parole, j’ai signé des contrats dans toutes les capitales européennes, et j’ai laissé sans crainte mon or dans le wigwam des sauvages, enfin j’ai tout obtenu parce que j’ai tout su dédaigner. Ma seule<br>ambition a été de voir. Voir n’est-ce pas savoir ? Oh ! savoir, jeune homme, n’est-ce pas jouir intuitivement ? n’est-ce pas découvrir la substance même du fait et s’en emparer essentiellement ? Que reste-t-il d’une possession matérielle ? une idée. Jugez alors combien doit être belle la vie d’un homme qui, pouvant empreindre toutes les réalités dans sa pensée, transporte en son âme les sources du bonheur, en extrait mille voluptés idéales dépouillées des souillures terrestres. La pensée est la clef de tous les trésors, elle procure les joies de l’avare sans donner ses soucis. Aussi ai-je plané sur le monde, où mes plaisirs ont toujours été des jouissances intellectuelles. Mes débauches étaient la contemplation des mers, des peuples, des forêts, des montagnes ! J’ai tout vu, mais tranquillement, sans fatigue ; je n’ai jamais rien désiré, j’ai tout attendu ; je me suis promené dans l’univers comme dans le jardin d’une habitation qui m’appartenait. Ce que les hommes appellent chagrins, amours, ambitions, revers, tristesse, sont pour moi des idées que je change en rêveries ; au lieu de les sentir, je les exprime, je les traduis ; au lieu de leur laisser dévorer ma vie, je les dramatise, je les développe, je m’en amuse comme de romans que je lirais par une vision intérieure. N’ayant jamais lassé mes organes, je jouis encore d’une santé robuste ; mon âme ayant hérité de toute la force dont je n’abusais pas, cette tête est encore mieux meublée que ne le sont mes<br>magasins. Là, dit-il en se frappant le front, là sont les vrais millions. Je passe des journées<br>délicieuses en jetant un regard intelligent dans le passé, j’évoque des pays entiers, des sites, des vues de l’Océan, des figures historiquement belles ! J’ai un sérail imaginaire où je possède toutes les femmes que je n’ai pas eues. Je revois souvent vos guerres, vos révolutions, et je les juge. Oh ! comment préférer de fébriles, de légères admirations pour quelques chairs plus ou moins colorées, pour des formes plus ou moins rondes ! comment préférer tous les désastres de vos volontés trompées à la faculté sublime de faire comparaître en soi l’univers, au plaisir immense de se mouvoir sans être garrotté par les liens du temps ni par les entraves de l’espace, au plaisir de tout embrasser, de tout voir, de se pencher sur le bord du monde pour interroger les autres sphères, pour écouter Dieu ! Ceci, dit-il d’une voix éclatante en montrant la Peau de chagrin, est le pouvoir et le vouloir réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs, vos intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre ; car le mal n’est peut-être qu’un violent plaisir. Qui pourrait déterminer le point où la volupté devient un mal et celui où le mal est encore la volupté ? Les plus vives lumières du monde idéal ne caressent-elles pas la vue, tandis que les plus douces ténèbres du monde physique la blessent toujours ; le mot de Sagesse ne vient-il pas de savoir ? et qu’est-ce que la folie, sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir ?<br></p>



<p>– Eh ! bien, oui, je veux vivre avec excès, dit l’inconnu en saisissant la Peau de chagrin.<br></p>



<p>– Jeune homme, prenez garde, s’écria le vieillard avec une incroyable vivacité.</p>



<p><strong><em><a href="https://classiclass-blog.com/honore-de-balzac-france/" data-type="post" data-id="2730">Lire une petite biographie de Balzac</a></em></strong><br></p>
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		<title>
  Poème : Si &#8211; Rudyard Kipling</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 15:03:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[Et mieux encore tu seras un homme mon fils !]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Poème intitulé Si par Rudyard Kipling (1865 &#8211; 1936)</em></strong></p>



<p>Si tu restes ton maître alors qu’autour de toi<br>Nul n’est resté le sien, et que chacun t’accuse ;<br>Si tu peux te fier à toi quand tous en doutent,<br>En faisant cependant sa part juste à leur doute ;</p>



<p>Si tu sais patienter sans lasser ta patience,<br>Si, sachant qu’on te ment, tu sais ne pas mentir ;<br>Ou, sachant qu’on te hait, tu sais ne pas haïr,<br>Sans avoir l’air trop bon ou paraître trop sage ;</p>



<p>Si tu aimes rêver sans t’asservir au rêve ;<br>Si, aimant la pensée, tu n’en fais pas ton but,<br>Si tu peux affronter, et triomphe, et désastre,<br>Et traiter en égaux ces deux traîtres égaux ;</p>



<p>Si tu peux endurer de voir la vérité<br>Que tu as proclamée, masquée et déformée<br>Par les plus bas valets en pièges pour les sots,<br>Si voyant s’écrouler l’œuvre qui fut ta vie,<br>Tu peux la rebâtir de tes outils usés ;</p>



<p>Si tu peux rassembler tout ce que tu conquis<br>Mettre ce tout en jeu sur un seul coup de dés,<br>Perdre et recommencer du point d’où tu partis<br>Sans jamais dire un mot de ce qui fut perdu ;<br>Si tu peux obliger ton cœur, tes nerfs, ta moelle<br>À te servir encore quand ils ont cessé d’être,<br>Si tu restes debout quand tout s’écroule en toi<br>Sauf une volonté qui sait survivre à tout ;</p>



<p>Si t’adressant aux foules tu gardes ta vertu ;<br>Si, fréquentant les Rois, tu sais rester toi-même,<br>Si ton plus cher ami, si ton pire ennemi<br>Sont tous deux impuissants à te blesser au cœur,<br>Si tout homme avec toi compte sans trop compter ;<br>Si tu sais mettre en la minute inexorable<br>Exactement pesées les soixante secondes<br>Alors la Terre est tienne et tout ce qu’elle porte<br>Et mieux encore tu seras un homme mon fils !</p>
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		<title>
  La Princesse de Clèves &#8211; Madame de Lafayette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 14:37:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[songez ce que vous vous devez à vous-même, et pensez que vous allez perdre cette réputation que vous vous êtes acquise, et que je vous ai tant souhaitée. Ayez de la force et du courage, ma fille ; retirez-vous de la cour]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Premier roman français moderne, voire roman psychologique&nbsp;: l’auteure écrit sur la psychologie des personnages, elle analyse leurs sentiments, ce qui est assez nouveau dans la France du XVIIème siècle.<a></a><strong></strong></em></p>



<p><strong><em>Dans ce passage, la mère (Mme de Chartres) est malade et craignant sa mort prochaine, elle veut donner des conseils à sa fille (Madame de Clèves). </em></strong></p>



<p>– Il faut nous quitter, ma fille, lui dit-elle en lui tendant la main ; le péril où je vous laisse et le besoin que vous avez de moi augmentent le déplaisir que j’ai de vous quitter. Vous avez de l’inclination pour M. de Nemours ; je ne vous demande point de me l’avouer : je ne suis plus en état de me servir de votre sincérité pour vous conduire. Il y a déjà longtemps que je me suis aperçue de cette inclination ; mais je ne vous en ai pas voulu parler d’abord, de peur de vous en faire apercevoir vous-même. Vous ne la connaissez que trop présentement, vous êtes sur le bord du précipice : il faut de grands efforts et de grandes violences pour vous retenir. Songez ce que vous devez à votre mari, songez ce que vous vous devez à vous-même, et pensez que vous allez perdre cette réputation que vous vous êtes acquise, et que je vous ai tant souhaitée. Ayez de la force et du courage, ma fille ; retirez-vous de la cour, obligez votre mari de vous emmener ; ne craignez pas de prendre des partis trop rudes ou trop difficiles : quelque affreux qu’ils vous paraissent d’abord, ils seront plus doux dans la suite que les malheurs d’une galanterie. Si d’autres raisons que celles de la vertu et de votre devoir vous pouvaient obliger à ce que je souhaite, je vous dirais que, si quelque chose était capable de troubler le bonheur que j’espère en sortant de ce monde, ce serait de vous voir tomber comme les autres femmes ; mais si ce malheur doit vous arriver, je reçois la mort avec joie, pour n’en être pas le témoin.<br>Mme de Clèves fondait en larmes sur la main de sa mère, qu’elle tenait serrée entre les siennes, et Mme de Chartres, se sentant touchée elle-même :<br>– Adieu, ma fille, lui dit-elle, finissons une conversation qui nous attendrit trop l’une et l’autre, et souvenez-vous, si vous pouvez, de tout ce que je viens de vous dire.<br>Elle se tourna de l’autre côté en achevant ces paroles, et commanda à sa fille d’appeler ses femmes, sans vouloir l’écouter, ni parler davantage. Mme de Clèves sortit de la chambre de sa mère en l’état que l’on peut s’imaginer…</p>
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		<title>
  Hamlet &#8211; William Shakespeare</title>
		<link>https://classiclass-blog.com/hamlet-william-shakespeare/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 10:18:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[Maintenant grave dans ta mémoire ces quelques préceptes. Refuse l'expression à tes pensées et l'exécution à toute idée irréfléchie. Sois familier, mais nullement vulgaire. Quand tu as adopté et éprouvé un ami, accroche-le à ton âme avec un crampon d'acier; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Conseils d&rsquo;un frère à sa sœur, d&rsquo;un père à son fils et du père à sa fille.&nbsp;</em></p>



<p><br><em>Polonius est le père, Ophélia la fille et <em>Laertes le fils</em> qui doit embarquer pour la France. Ophélia est courtisée par le prince du Danemark&nbsp;: Hamlet.</em></p>



<p></p>



<p></p>



<p><strong>ACTE I &#8211; SCENE 3<em><br></em></strong>Une chambre dans la maison de Polonius.<br>Entrent Laertes et Ophélia.</p>



<p>LAERTES &#8211; Mes bagages sont embarqués, adieu ! Ah ! sœur, quand les vents seront bons et qu&rsquo;un convoi sera prêt à partir, ne vous endormez pas, mais donnez-moi de vos nouvelles.</p>



<p>OPHELIA &#8211; En pouvez-vous douter ?</p>



<p>LAERTES &#8211; Pour ce qui est d&rsquo;Hamlet et de ses frivoles attentions, regardez cela comme une fantaisie, un jeu sensuel, une violette de la jeunesse printanière, précoce mais éphémère, suave mais sans durée, dont le parfum remplit une minute ; rien de plus.</p>



<p>OPHELIA &#8211; Rien de plus, Vraiment ?</p>



<p>LAERTES &#8211; Non, croyez-moi, rien de plus. Car la nature, dans la croissance, ne développe pas seulement les muscles et la masse du corps; mais, à mesure que le temple est plus vaste, les devoirs que le service intérieur impose à l&rsquo;âme grandissent également. Peut-être vous aime-t-il aujourd&rsquo;hui; peut-être aucune souillure, aucune déloyauté ne ternit-elle la vertu de ses désirs; mais vous devez craindre, en considérant sa grandeur, que sa volonté ne soit pas à lui; en effet, il est lui-même le sujet de sa naissance. Il ne lui est pas permis, comme aux gens sans valeur, de décider pour lui-même; car de son choix dépendent le salut et la santé de tout l&rsquo;Etat; et aussi son choix doit-il être circonscrit par l&rsquo;opinion et par l&rsquo;assentiment du corps dont il est la tête. Donc, s&rsquo;il dit qu&rsquo;il vous aime, vous ferez sagement de n&rsquo;y croire que dans les limites où son rang spécial lui laisse la liberté de faire ce qu&rsquo;il dit: liberté que règle tout entière la grande voix du Danemark. Considérez donc quelle atteinte subirait votre honneur si vous alliez écouter ses chansons d&rsquo;une oreille trop crédule, ou perdre votre coeur, ou bien ouvrir le trésor de votre chasteté à son importunité triomphante. Prenez-y garde, Ophélia, prenez-y garde, ma chère soeur, et tenez-vous en arrière de votre affection, hors de la portée de ses dangereux désirs. La vierge la plus chiche est assez prodigue si elle démasque sa beauté pour la lune. La vertu même n&rsquo;échappe pas aux coups de la calomnie; le ver ronge les nouveau-nés du printemps, trop souvent même avant que leurs boutons soient éclos; et c&rsquo;est au matin de la jeunesse, à l&rsquo;heure des limpides rosées, que les souffles contagieux sont le plus menaçants. Soyez donc prudente: la meilleure sauvegarde, c&rsquo;est la crainte; la jeunesse trouve la révolte en elle-même, quand elle ne la trouve pas près d&rsquo;elle.</p>



<p>OPHELIA &#8211; Je conserverai le souvenir de ces bons conseils comme un gardien pour mon coeur. Mais vous, cher frère, ne faites pas comme ce pasteur impie qui indique une route escarpée et épineuse vers le ciel, tandis que lui-même, libertin repu et impudent, foule les primevères du sentier de la licence, sans se soucier de ses propres sermons.</p>



<p><br>LAERTES &#8211; N&rsquo;ayez pas de crainte pour moi. Je tarde trop longtemps. Mais voici mon père.</p>



<p>(Polonius entre)</p>



<p>Une double bénédiction est une double faveur; l&rsquo;occasion sourit à de seconds adieux.</p>



<p><br>POLONIUS &#8211; Encore ici, Laertes! A bord! A bord! Quelle honte! Le vent est assis sur l&rsquo;épaule de votre voile, et l&rsquo;on vous attend. Voici ma bénédiction! (Il met sa main sur la tête de Laertes) Maintenant grave dans ta mémoire ces quelques préceptes. Refuse l&rsquo;expression à tes pensées et l&rsquo;exécution à toute idée irréfléchie. Sois familier, mais nullement vulgaire. Quand tu as adopté et éprouvé un ami, accroche-le à ton âme avec un crampon d&rsquo;acier; mais ne durcis pas ta main au contact du premier camarade frais éclos que tu dénicheras. Garde-toi d&rsquo;entrer dans une querelle; mais, une fois dedans, comporte-toi de manière que l&rsquo;adversaire se garde de toi. Prête l&rsquo;oreille à tous, mais tes paroles au petit nombre. Prends l&rsquo;opinion de chacun; mais réserve ton jugement. Que ta mise soit aussi coûteuse que ta bourse te le permet, sans être de fantaisie excentrique; riche, mais peu voyante; car le vêtement révèle souvent l&rsquo;homme; et en France, les gens de qualité et du premier rang ont, sous ce rapport, le goût le plus exquis et le plus digne. Ne sois ni emprunteur, ni prêteur; car le prêt fait perdre souvent argent et ami, et l&#8217;emprunt émousse l&rsquo;économie. Avant tout, sois loyal envers toi-même; et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour, tu ne pourras être déloyal envers personne. Adieu! Que ma bénédiction assaisonne pour toi ces conseils!</p>



<p><br>LAERTES &#8211; Je prends très humblement congé de vous, monseigneur.</p>



<p>POLONIUS &#8211; L&rsquo;heure vous appelle: allez! vos serviteurs attendent.</p>



<p><br>LAERTES &#8211; Adieu, Ophélia! et souvenez-vous bien de ce que je vous ai dit.</p>



<p><br>OPHELIA &#8211; Tout est enfermé dans ma mémoire, et vous en garderez vous-même la clef.</p>



<p>LAERTES &#8211; Adieu!<br></p>



<p>(Laertes sort)</p>



<p><br>POLONIUS &#8211; Que vous a-t-il dit, Ophélia?</p>



<p>OPHELIA &#8211; C&rsquo;est, ne vous déplaise! quelque chose touchant le seigneur Hamlet.</p>



<p><br>POLONIUS &#8211; Bonne idée, pardieu! On m&rsquo;a dit que, depuis peu, Hamlet a eu avec vous de fréquents tête-à- tête; et que vous-même vous lui aviez prodigué très généreusement vos audiences. S&rsquo;il en est ainsi, et l&rsquo;on me l&rsquo;a fait entendre par voie de précaution, je dois vous dire que vous ne comprenez pas très clairement vous-même ce qui convient à ma fille et à votre honneur. Qu&rsquo;y a-t-il entre vous? Confiez-moi la vérité.</p>



<p><br>OPHELIA &#8211; Il m&rsquo;a depuis peu, monseigneur, fait maintes offres de son affection.</p>



<p><br>POLONIUS &#8211; De son affection! peuh! Vous parlez en fille naïve qui n&rsquo;a point passé par le crible de tous ces dangers-là. Croyez-vous à ses offres, comme vous les appelez?</p>



<p>OPHELIA &#8211; Je ne sais pas, monseigneur, Ce que je dois penser.</p>



<p>POLONIUS &#8211; Eh bien! moi, je vais vous l&rsquo;apprendre. Pensez que vous êtes une enfant d&rsquo;avoir pris pour argent comptant des offres qui ne sont pas de bon aloi. Estimez-vous plus chère; ou bien, pour ne pas perdre le souffle de ma pauvre parole en périphrases, vous m&rsquo;estimez pour un niais.</p>



<p>OPHELIA &#8211; Monseigneur, il m&rsquo;a importunée de son amour, mais avec des manières honorables.</p>



<p>POLONIUS &#8211; Oui, appelez Cela des manières, allez! allez!</p>



<p>OPHELIA &#8211; Et il a appuyé ses discours, monseigneur, de tous les serments les plus sacrés.</p>



<p>POLONIUS &#8211; Bah! pièges à attraper des grues! Je sais, alors que le sang brûle, avec quelle prodigalité l&rsquo;âme prête des serments à la langue. Ces lueurs, ma fille, qui donnent plus de lumière que de chaleur, et qui s&rsquo;éteignent au moment même où elles promettent le plus, ne les prenez pas pour une vraie flamme. Désormais, ma fille, soyez un peu plus avare de votre virginale présence; ne dépréciez point vos rendez-vous à ce point de les donner à commandement. Quant au seigneur Hamlet, ce que vous devez penser de lui, c&rsquo;est qu&rsquo;il est jeune, et qu&rsquo;il a pour ses écarts la corde plus lâche que vous. En un mot, Ophélia, ne vous fiez pas à ses serments; car ils sont, non les interprètes de l&rsquo;intention qui se montre sous leur vêtement, mais les entremetteurs des désirs sacrilèges, qui ne profèrent tant de saintes et pieuses promesses que pour mieux tromper. Une fois pour toutes, je vous le dis en termes nets: à l&rsquo;avenir, ne calomniez pas vos loisirs en employant une minute à échanger des paroles et à causer avec le seigneur Hamlet. Veillez-y, je vous l&rsquo;ordonne! Passez votre chemin.</p>



<p><br>OPHELIA &#8211; J&rsquo;obéirai, monseigneur.</p>



<p><br>(Ils sortent)</p>



<p><strong><em><a href="https://classiclass-blog.com/william-shakespeare/" data-type="post" data-id="2732">Pour lire une petite biographie de Shakespeare</a></em></strong></p>



<p><strong><em>On peut aussi regarder le film Hamlet de Kenneth Branagh</em></strong>. </p>
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		<title>
  Gatsby le magnifique &#8211; Francis Scott Fitzgerald</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 10:12:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[Quand j’étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Le tout début du roman&#8230;</em></strong></p>



<p>Quand j’étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable, mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans mon esprit :<br>– Quand tu auras envie de critiquer quelqu’un, songe que tout le monde n’a pas joui des mêmes avantages que toi.<br>Il n’en dit pas davantage, mais comme lui et moi avons toujours été exceptionnellement<br>communicatifs tout en y mettant beaucoup de réserve, je compris que la phrase impliquait beaucoup plus de choses qu’elle n’en exprimait. En conséquence, je suis porté à réserver mes jugements, habitude qui m’a ouvert bien des natures curieuses, non sans me rendre victime de pas mal de raseurs invétérés. Un esprit anormal est prompt à découvrir cette qualité et à s’y attacher, quand elle se montre chez quelqu’un de normal ; voilà pourquoi, à l’Université, on m’a injustement accusé de politicailler parce que j’étais le confident des chagrins secrets de garçons déréglés et inconnus. La plupart de ces confidences, je ne les avais pas recherchées – j’ai souvent feint le sommeil, la préoccupation ou une hostile légèreté quand, à un de ces signes qui ne trompent jamais, je reconnaissais qu’une révélation d’ordre intime pointait à l’horizon ; car d’habitude les révélations intimes des jeunes hommes, ou tout au moins les termes dans lesquels ils les expriment, sont entachées de plagiat et gâtées par de manifestes suppressions. Réserver son jugement implique un espoir infini. J’aurais encore un peu peur de rater quelque chose si j’oubliais, comme le suggérait mon père avec snobisme et comme avec snobisme je le répète ici, que le sentiment des décences fondamentales nous est réparti en naissant d’une manière inégale.<br>Or, ayant fait ainsi étalage de tolérance, j’en viens à l’aveu que la mienne a ses limites. Notre<br>conduite peut avoir pour fondation un roc dur ou de fluides marécages, mais passé un certain point, peu me chaut sur quoi elle est fondée.</p>



<p><strong><em>Pour aller plus loin&nbsp;:</em></strong></p>



<p><em>Une version au cinéma est assez «&nbsp;fidèle&nbsp;» à l&rsquo;esprit du livre&nbsp;: Gatsby, le magnifique du metteur en scène Baz Luhrmann avec l’acteur Léonardo Di Caprio.</em></p>



<p><em>Le metteur en scène australien, toujours avec le même acteur, a aussi réalisé Roméo et Juliette de Shakespeare, en version moderne mais avec les textes d&rsquo;origine.</em></p>
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		<title>
  La Foire aux vanités (Vanity Fair) &#8211; William Makepeace Thackeray</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Sep 2023 09:40:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conseils à un jeune]]></category>
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					<description><![CDATA[Le monde est un miroir qui renvoie à chacun ses propres traits ; si vous froncez le sourcil en le regardant, il vous jette un coup d’œil renfrogné. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Au début de ce roman anglais de Thackeray (1811 &#8211; 1863),  Miss Amélia Sedley et miss Rebecca Sharp quittent ensemble le pensionnat de jeunes filles où elles étaient avec d&rsquo;autres jeunes filles, miss Swartz, miss Crump, miss Hopkins&#8230;</em></strong></p>



<p><strong><em>Rebecca et Amélia sont des personnages importants du roman et on les retrouve ici, au début du livre (chapitre 2).</em></strong></p>



<p><strong><em>Juste avant ce passage, Rebecca, au moment de quitter le pensionnat, a «&nbsp;fourni l’occasion de mettre ses ennemis dans l’embarras et de les couvrir de confusion&nbsp;».&nbsp;&nbsp;</em></strong></p>



<p>… et cela me fait aimer le français. Vive la France ! vive l’Empereur ! vive Bonaparte !</p>



<p>– Ô Rebecca, Rebecca, quelle honte ! » s’écria miss Sedley, car c’était le plus grand blasphème qui pût sortir de la bouche de Rebecca.</p>



<p>Dire alors en Angleterre : « Longue vie à Bonaparte ! » était comme si l’on eût dit : « Longue vie à Lucifer ! »</p>



<p>« Pouvez-vous bien avoir ces mauvaises pensées de vengeance et de haine ?</p>



<p>– Si la vengeance est une mauvaise pensée, elle est au moins naturelle, repartit Rebecca, et je ne suis pas un ange. »</p>



<p>Elle ne mentait pas.</p>



<p>On a pu, en effet, remarquer que, dans cette conversation, miss Sharp a eu deux fois l’occasion de remercier le ciel ; la première pour l’avoir délivrée de personnes qu’elle détestait, et, en second lieu, pour lui avoir fourni l’occasion de mettre ses ennemis dans l’embarras et de les couvrir de confusion. Ce ne sont pas là des motifs bien légitimes de reconnaissance envers le ciel, ni de ceux qui peuvent venir à l’esprit de personnes d’un caractère doux et bienveillant.</p>



<p>Miss Rebecca n’avait rien de doux ni de bienveillant dans le caractère. Tout le monde en usait mal avec elle, disait cette jeune misanthrope (il vaut mieux dire misogyne, car, pour le sexe masculin, on peut déclarer qu’elle en avait encore fort peu l’expérience) ; tout le monde en usait mal à son égard, disait-elle ; cependant nous sommes disposés à croire que ces personnes de l’un ou de l’autre sexe qui sont les victimes de tout le monde n’ont en général que ce qu’elles méritent. Le monde est un miroir qui renvoie à chacun ses propres traits ; si vous froncez le sourcil en le regardant, il vous jette un coup d’œil renfrogné. Riez, au contraire, avec lui, et il se montrera bon compagnon. Avis à vous, jeunes gens, pour régler votre choix. Si on négligeait miss Sharp, c’est qu’elle était connue pour n’avoir jamais rendu service à personne ; on ne peut pas trouver vingt-quatre jeunes demoiselles toutes aussi aimables que l’héroïne de ce roman, miss Sedley, choisie précisément par nous comme la mieux douée de toutes ; autrement rien au monde ne nous eût empêché de mettre à sa place miss Swartz ou miss Crump, ou miss Hopkins ; on aurait eu tort d’espérer rencontrer chez tout le monde le caractère doux et aimable de miss Amélia Sedley, et cette bonne volonté à vaincre en toute circonstance les brusqueries et les rebuts de Rebecca.</p>
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