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	<title>Ô Vieillesse ennemie ? &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<title>Ô Vieillesse ennemie ? &#8211; Classiclass-blog</title>
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  Les Aventures de Télémaque &#8211; Fénelon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Aug 2023 17:29:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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					<description><![CDATA[Pendant que ces pensées roulaient dans mon esprit, je m’enfonçai dans une sombre forêt, où j’aperçus tout à coup un vieillard qui tenait dans sa main un livre. Ce vieillard avait un grand front chauve et un peu ridé ; une barbe blanche pendait jusqu’à sa ceinture ; sa taille était haute et majestueuse, son teint était encore frais et vermeil, ses yeux vifs et perçants...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em><strong>François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651 – 1715), dit couramment Fénelon, fut nommé archevêque de Cambrai en 1695, il a aussi été le précepteur des princes, du petit-fils de Louis XIV notamment. Il fut ensuite banni de la cour…<br>Les Aventures de Télémaque (1699) a été écrit pour les jeunes princes et en particulier pour le Duc de Bourgogne (le petit-fils de Louis XIV), et il a été ensuite l’un des livres les plus diffusés au cours des XVIIIème et XIXème siècles. Il est considéré comme un roman didactique ou d’apprentissage.</strong></em></p>



<p><strong><em>Nous proposons ici un passage sur le thème de la vieillesse, avec deux extraits que l’on trouve au début du roman (livre I et V).</em></strong> <strong><em>Le narrateur est dans cet extrait Télémaque (le fils d&rsquo;Ulysse)&#8230;</em></strong></p>



<p>Pendant que ces pensées roulaient dans mon esprit, je m’enfonçai dans une sombre forêt, où j’aperçus tout à coup un vieillard qui tenait dans sa main un livre. Ce vieillard avait un grand front chauve et un peu ridé&nbsp;; une barbe blanche pendait jusqu’à sa ceinture&nbsp;; sa taille était haute et majestueuse, son teint était encore frais et vermeil, ses yeux vifs et perçants, sa voix douce, ses paroles simples et aimables. Jamais je n’ai vu un si vénérable vieillard. Il s’appelait Termosiris, et il était prêtre d’Apollon, qu’il servait dans un temple de marbre que les rois d’Égypte avaient consacré à ce dieu dans cette forêt. Le livre qu’il tenait était un recueil d’hymnes en l’honneur des dieux. Il m’aborde avec amitié&nbsp;; nous nous entretenons. Il racontait si bien les choses passées, qu’on croyait les voir&nbsp;; mais il les racontait courtement, et jamais ses histoires ne m’ont lassé. Il prévoyait l’avenir par la profonde sagesse qui lui faisait connaître les hommes, et les desseins dont ils sont capables. Avec tant de prudence, il était gai, complaisant&nbsp;; et la jeunesse la plus enjouée n’a point autant de grâces qu’en avait cet homme dans une vieillesse si avancée&nbsp;: aussi aimait-il les jeunes gens quand ils étaient dociles, et qu’ils avaient le goût de la vertu.</p>



<p>Bientôt il m’aima tendrement, et me donna des livres pour me consoler&nbsp;: il m’appelait, Mon fils. Je lui disais souvent…</p>



<p>(…)</p>



<p>Je me sentis saisi de respect et de honte, quand j’approchai de ces vieillards que l’âge rendait vénérables sans leur ôter la vigueur de l’esprit&nbsp;; ils étaient assis avec ordre, et immobiles dans leurs places&nbsp;; leurs cheveux étaient blancs&nbsp;; plusieurs n’en avaient presque plus. On voyait reluire sur leurs visages graves une sagesse douce et tranquille&nbsp;; ils ne se pressaient point de parler&nbsp;; ils ne disaient que ce qu’ils avaient résolu de dire. Quand ils étaient d’avis différents, ils étaient si modérés à soutenir ce qu’ils pensaient de part et d’autre qu’on aurait cru qu’ils étaient tous d’une même opinion. La longue expérience des choses passées, et l’habitude du travail, leur donnait de grandes vues sur toutes choses&nbsp;: mais ce qui perfectionnait le plus leur raison, c’était le calme de leur esprit délivré des folles passions et des caprices de la jeunesse. La sagesse toute seule agissait en eux, et le fruit de leur longue vertu était d’avoir si bien dompté leurs humeurs, qu’ils goûtaient sans peine le doux et noble plaisir d’écouter la raison. En les admirant, je souhaitai que ma vie pût s’accourcir pour arriver tout à coup à une si estimable vieillesse. Je trouvais la jeunesse malheureuse d’être si impétueuse, et si éloignée de cette vertu si éclairée et si tranquille.</p>
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		<title>
  Eloge de la folie &#8211; Erasme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 13:33:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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					<description><![CDATA[D'abord, qui ne sait que la première enfance est pour tout homme, et de loin, le plus joyeux, le plus agréable des âges ? Que possèdent-ils donc, les petits enfants, qui nous incite à les couvrir de bisous, à les dorloter, à les caresser, même un ennemi porte secours à un bébé ? ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em><strong>Dans ce livre, le philosophe hollandais Erasme (vers 1469 – 1536) fait de la folie le narrateur&#8230;</strong></em></p>



<p>XIII.</p>



<p>D&rsquo;abord, qui ne sait que la première enfance est pour tout homme, et de loin, le plus joyeux, le plus agréable des âges ? Que possèdent-ils donc, les petits enfants, qui nous incite à les couvrir de bisous, à les dorloter, à les caresser, même un ennemi porte secours à un bébé ? Que possèdent-ils, sinon la séduction de la folie ? La nature, dans sa prudence, en a gratifié tout exprès les nouveau-nés, moyennant quoi ils apportent, sous forme de plaisir, une sorte de contrepartie aux tracas de ceux qui les élèvent : ainsi gagnent-ils les faveurs des personnes qui veillent sur eux. Vient ensuite l&rsquo;adolescence. Quel prestige partout ! Comme chacun la fête de bon cœur ! Comme on s&#8217;emploie à la faire aller de l&rsquo;avant ! Comme on se fait généreux pour lui tendre des mains secourables ! Mais ce prestige de la jeunesse, d&rsquo;où vient-il, dites-moi ? D&rsquo;où, sinon de moi ? Car grâce à moi, moins elle a de sagesse, moins elle a de bile à se faire. Est-ce que je mens ? N&rsquo;est-il pas vrai que très bientôt, en grandissant, en se rapprochant de l&rsquo;âge adulte par le biais de l&rsquo;expérience et des études, leur beauté rayonnante a vite fait de se faner, leur enjouement va decrescendo, leur grâce se fige, leur vigueur s&rsquo;émousse ? Au fur et à mesure qu&rsquo;ils s&rsquo;éloignent de moi, ils sont de moins en moins vivants, jusqu&rsquo;au jour où survient la détestable vieillesse, rude fardeau pour elle-même autant que pour les autres. Personne, en vérité, ne pourrait la supporter si, encore une fois, je n&rsquo;étais pas là, compatissante devant toutes ces misères : à l&rsquo;image des dieux qui fréquemment, chez les poètes, secourent les hommes en danger de mort, par la vertu de quelque métamorphose, j&rsquo;entraîne vers une seconde enfance &#8211; autant que faire se peut &#8211; ceux qui ont déjà un pied dans la tombe. On voit par là que ce n&rsquo;est pas pour rien, si on parle des vieux comme de gens retombés en enfance. Allons plus loin : si quelqu&rsquo;un veut savoir la recette de cette métamorphose, de cela non plus je ne ferai pas mystère. Je conduis les vieilles gens à la source de ma chère Léthé*, celle qui est jaillissante aux îles Fortunées (aux Enfers, il n&rsquo;en coule plus qu&rsquo;un mince filet) : à mesure qu&rsquo;ils y boivent l&rsquo;oubli à longs traits, leurs soucis peu à peu se dissipent, et c&rsquo;est un regain de jeunesse. Mais on objecte : ces malheureux radotent, ils divaguent. Soit ! Seulement, redevenir enfant, c&rsquo;est justement ça ! Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;enfance, en fait, sinon radotage et divagation ? N&rsquo;est-ce pas l&rsquo;absence totale de sagesse qui fait, pour l&rsquo;essentiel, le charme de cet âge ? Qui ne trouverait pas monstrueux, détestable, exécrable, un enfant sage comme un homme mûr ? A preuve ce proverbe populaire : « Haïssable l&rsquo;enfant qui est sage trop tôt. »</p>



<p>D&rsquo;ailleurs, qui supporterait le commerce quotidien d&rsquo;un vieux monsieur qui, conjointement à sa complète expérience de la vie, cumulerait la force d&rsquo;âme et l&rsquo;acuité du jugement ? J&rsquo;interviens donc pour qu&rsquo;il radote. Mais l&rsquo;avantage pour mon radoteur, c&rsquo;est que, pendant ce temps-là, il est bien à l&rsquo;abri des misérables soucis qui taraudent le sage. Avec ça, pas mauvais compagnon du tout pour vider les flacons ! Il ne ressent pas ce dégoût de l&rsquo;existence qu&rsquo;on a du mal à supporter dans un âge plus robuste. Et il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;à l&rsquo;exemple du vieillard de Plaute, il redécouvre les trois lettres fameuses*, ce qui ferait son malheur s&rsquo;il avait toute sa tête. Ainsi, grâce à moi, il est heureux, agréable pour ses amis, et nullement rabat-joie comme compagnon de frairie. La preuve ? Chez Homère, il coule de la bouche de Nestor des paroles plus douces que le miel, alors qu&rsquo;Achille est pisse-vinaigre ; et c&rsquo;est encore chez ce poète que des vieillards, assis sur les remparts, échangent des propos à la douceur de lis. Sur ce point, ils sont même mieux lotis que la première enfance, qui a son charme, certes, mais ignore le langage et est privée du plaisir le plus délectable de la vie, le pur et simple bavardage. Ajoutez à cela que les vieillards raffolent des enfants et que, vice versa, les enfants adorent les vieillards, Car Dieu pousse toujours le semblable vers le semblable*. En quoi diffèrent-ils ? Il y a d&rsquo;un côté plus de rides, plus d&rsquo;anniversaires, c&rsquo;est tout. Mais le reste ! Cheveux clairs, absence de dents, petite stature, penchant pour le lait, zézaiement, babillage, ineptie, défaut de mémoire, étourderie, tout finalement les rapproche. Et plus les hommes avancent vers le grand âge, plus se précise leur ressemblance avec l&rsquo;enfant, jusqu&rsquo;au jour où, comme des enfants, sans regret de la vie, sans conscience de la mort, ils plient bagage.</p>



<p>* Léthé : Dans la mythologie grecque, un des fleuves des Enfers. Celui qui boit de son eau, oublie le passé terrestre. </p>



<p>* Le vieillard Démiphon réapprend les trois lettres du verbe amo, j&rsquo;aime. (Voir la pièce de Plaute, Le Marchand, vers 304).</p>



<p>* Vers d&rsquo;Homère, Odyssée, XVII, 218.</p>
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		<title>
  Le Député d&#8217;Arcis – Honoré de Balzac</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 13:28:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p>Néanmoins, depuis que l’activité du notaire et sa participation aux affaires publiques et particulières avaient cessé ; depuis huit ans, son souvenir s’était presque aboli dans la ville d’Arcis, où chacun s’attendait, de jour en jour, à le voir mourir. Grévin, à l’instar de son ami Malin, paraissait plus végéter que vivre, il ne se montrait point, il cultivait son jardin, taillait ses arbres, allait examiner ses légumes, ses bourgeons ; et comme tous les vieillards, il s’essayait à l’état de cadavre. La vie de ce septuagénaire était d’une régularité parfaite. De même que son ami, le colonel Giguet, levé au jour, couché avant neuf heures, il avait la frugalité des avares, il buvait peu de vin, mais ce vin était exquis. Il ne prenait ni café ni liqueurs, et le seul exercice auquel il se livrât, était celui qu’exige le jardinage. En tout temps, il portait les mêmes vêtements : de gros souliers huilés, des bas drapés, un pantalon de molleton gris à boucles, sans bretelles, un grand gilet de drap léger bleu de ciel à boutons en corne, et une redingote en molleton gris pareil à celui du pantalon ; il avait sur la tête une petite casquette en loutre ronde, et la gardait au logis. En été, il remplaçait cette casquette par une espèce de calotte en velours noir, et la redingote de molleton par une redingote en drap gris de fer. Sa taille était de cinq pieds quatre pouces, il avait l’embonpoint des vieillards bien portants, ce qui alourdissait un peu sa démarche, déjà lente, comme celle de tous les gens de cabinet. Dès le jour, ce bonhomme s’habillait en accomplissant les soins de toilette les plus minutieux ; il se rasait lui-même, puis il faisait le tour de son jardin, il regardait le temps, allait consulter son baromètre, en ouvrant lui-même les volets de son salon. Enfin il binait, il échenillait, il sarclait, il avait toujours quelque chose à faire, jusqu’au déjeuner. Après son déjeuner, il restait assis à digérer jusqu’à deux heures, pensant on ne sait à quoi. Sa petite-fille venait presque toujours conduite par une domestique, quelquefois accompagnée de sa mère, le voir entre deux et cinq heures. À certains jours, cette vie mécanique était interrompue, il y avait à recevoir les fermages et les revenus en nature aussitôt vendus. Mais ce petit trouble n’arrivait que les jours de marché, et une fois par mois. Que devenait l’argent ? Personne, pas même Séverine et Cécile ne le savait. Grévin était là-dessus d’une discrétion ecclésiastique. Cependant tous les sentiments de ce vieillard avaient fini par se concentrer sur sa fille et sur sa petite-fille, il les aimait plus que son argent. Ce septuagénaire propret, à figure toute ronde, au front dégarni, aux yeux bleus et à cheveux blancs, avait quelque chose d’absolu dans le caractère, comme chez tous ceux à qui ni les hommes, ni les choses n’ont résisté.</p>



<p>(…)</p>



<p><br>Séverine aimait beaucoup son père, elle et sa fille ne laissaient à personne le soin de faire son linge ; elles lui tricotaient des bas pour l’hiver, elles avaient pour lui les plus petites précautions, et Grévin savait qu’il n’entrait dans leur affection aucune pensée d’intérêt ; le million probable de la succession paternelle n’aurait pas séché leurs larmes, les vieillards sont sensibles à la tendresse désintéressée. Avant de s’en aller de chez le bonhomme, tous les jours madame Beauvisage et Cécile s’inquiétaient du dîner de leur père pour le lendemain, et lui envoyaient les primeurs du marché.</p>
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		<title>
  Les Ames mortes &#8211; Nicolas Gogol</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 13:22:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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					<description><![CDATA[Tout est vraisemblable, la nature humaine est capable de tout. L’impétueux jeune homme d’aujourd’hui reculerait d’horreur à la vue du vieillard qu’il sera un jour.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Dialogue entre un vieil avare, Pliouchkine et sa domestique Mavra.</em></p>



<p><em>En Russie le nom de Pliouchkine est devenu synonyme de avare, on parle même de syndrome de Pliouchkine pour le syndrome de Diogène : maladie de ceux qui amassent tout ce qu&rsquo;ils trouvent.</em></p>



<p><em>— </em>J’avais sur mon bureau un carré de papier blanc. Dieu sait ce qu’il est devenu ! Vous voyez si je puis me fier à mes canailles de gens.<br>Il promena ses regards sur le bureau, puis par-dessous, fouilla partout, s’écria enfin : — Mavra, hé, Mavra !</p>



<p>À cet appel accourut une femme portant une assiette où reposait le fameux morceau de brioche. Et le dialogue suivant s’engagea :<br>— Où as-tu fourré mon papier, brigande ?<br>— Quel papier, monsieur ? Parole d’honneur je n’en ai vu d’autre que le morceau dont vous recouvrez votre verre.<br>— Et moi, je vois à tes yeux que tu me l’as escamoté.<br>— Pourquoi faire ? Je ne sais ni lire ni écrire.<br>— Tu mens ! Tu l’as porté au fils du sacristain ; il est sans cesse à griffonner.<br>— Eh, s’il a besoin de papier, il sait où en trouver. Il se moque bien de vos chiffons.<br>— Attends un peu ; au jour du jugement tu feras connaissance avec la fourche des démons ; tu verras comme ils te grilleront !<br>— Pourquoi, grand Dieu, puisque je suis innocente ? Je n’ai pas touché à votre papier. Je puis avoir des faiblesses, mais jamais on ne m’a reproché le moindre vol.<br>— Tu verras comme ils t’en donneront. « Ah ! Ah ! coquine, diront-ils, tu trompais ton maître ! Attrape, attrape ! » Et les fourches entreront en danse.<br>— Et moi je leur dirai : « Pourquoi, grand Dieu, pourquoi ? Je n’ai rien pris »&#8230; Mais tenez, le voilà votre papier, sur le bureau. Vous grondez toujours le monde à tort !<br>Pliouchkine reconnut en effet son papier, mâchonna, finit par dire :<br>— La voilà partie ! quel caquet bon bec ! On lui dit un mot, elle vous en rend dix ! Au lieu de chanter pouille, apporte-moi plutôt du feu pour cacheter ma lettre&#8230; Un instant ! Tu vas, bien sûr, me donner une chandelle, sans t’aviser que le suif se consume en pure perte ; non, apporte-moi plutôt un oribus.<br>Mavra partie, Pliouchkine s’assit dans un fauteuil, prit une plume, retourna dans tous les sens le carré de papier. Finalement, convaincu qu’il n’en pouvait rogner le moindre bout, il trempa la plume dans un encrier qui contenait un liquide moisi, avec force mouches au fond, et commença à tracer des lettres semblables à des notes de musique. Il retenait à chaque instant sa main prête à s’emballer, collait parcimonieusement une ligne sur l’autre, et regrettait les espaces blancs qu’il lui fallait malgré tout laisser.<br><br>Eh quoi ! Un homme peut ainsi se ravaler, devenir si mesquin, si vilain, si ladre ! Est-ce vraisemblable ? Tout est vraisemblable, la nature humaine est capable de tout. L’impétueux jeune homme d’aujourd’hui reculerait d’horreur à la vue du vieillard qu’il sera un jour. Quand, au sortir des années charmantes de la jeunesse, vous vous engagez dans le chemin ardu de l’âge mûr, emportez pour viatique vos premiers mouvements d’humanité ; autrement vous ne les retrouverez plus. La vieillesse vous menace, l’implacable vieillesse qui ne laisse rien reprendre de ce que l’on a une fois abandonné. La tombe est plus clémente, on y peut lire : Ci-gît un homme, tandis qu’on ne déchiffre rien sur les traits sombres et glacés de l’inhumaine vieillesse !</p>
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		<title>
  Walden &#8211; Henry David Thoreau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 13:40:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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					<description><![CDATA[L’existence que mènent généralement les hommes, en est une de tranquille désespoir. Ce que l’on appelle résignation n’est autre chose que du désespoir confirmé. De la cité désespérée vous passez dans la campagne désespérée, et c’est avec le courage du vison et du rat musqué qu’il vous faut vous consoler.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p></p>



<p><strong><em>En 1845, Thoreau (1817 – 1862) est parti vivre seul dans les bois (sur les rives du lac Walden) durant deux ans et demi, et il rapporte dans ce livre cette expérience ainsi que ses réflexions sur la « vie » &#8230;</em></strong></p>



<p>L’existence que mènent généralement les hommes, en est une de tranquille désespoir. Ce que l’on appelle résignation n’est autre chose que du désespoir confirmé. De la cité désespérée vous passez dans la campagne désespérée, et c’est avec le courage du vison et du rat musqué qu’il vous faut vous consoler. Il n’est pas jusqu’à ce qu’on appelle les jeux et divertissements de l’espèce humaine qui ne recouvre un désespoir stéréotypé, quoique inconscient. Nul plaisir en eux, car celui-ci vient après le travail. Mais c’est un signe de sagesse que de ne pas faire de choses désespérées.<a></a><a></a><br>Si l’on considère ce qui, pour employer les termes du catéchisme, est la fin principale de l’homme, et ce que sont les véritables besoins et moyens de l’existence, il semble que ce soit de préférence à tout autre, que les hommes, après mûre réflexion, aient choisi leur mode ordinaire de vivre. Toutefois ils croient honnêtement que nul choix ne leur est laissé. Mais les natures alertes et saines ne perdent pas de vue que le soleil s’est levé clair. Il n’est jamais trop tard pour renoncer à nos préjugés. Nulle façon de penser ou d’agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd’hui peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l’opinion, que d’aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, l’essayant vous apercevez que le pouvez fort bien. Aux vieilles gens les vieux gestes, aux nouveaux venus les gestes nouveaux. Les vieilles gens ne savaient peut-être pas suffisamment, jadis, aller chercher du combustible pour faire marcher le feu ; les nouveaux venus mettent un peu de bois sec sous un pot et les voilà emportés autour du globe avec la vitesse des oiseaux, de façon à tuer les vieilles gens, comme on dit. L’âge n’est pas mieux qualifié, à peine l’est-il autant, pour donner des leçons, que la jeunesse, car il n’a pas autant profité qu’il a perdu. On peut à la rigueur se demander si l’homme le plus sage a appris quelque chose de réelle valeur au cours de sa vie. Pratiquement les vieux n’ont pas de conseil important à donner aux jeunes, tant a été partiale leur propre expérience, tant leur existence a été une triste erreur, pour de particuliers motifs, suivant ce qu’ils doivent croire; et il se peut qu’il leur soit resté quelque foi capable de démentir cette expérience, seulement ils sont moins jeunes qu’ils n’étaient. Voilà une trentaine d’années que j’habite cette planète, et je suis encore à entendre de la bouche de mes aînés le premier mot de conseil précieux, sinon sérieux. Ils ne m’ont rien dit, et probablement ne peuvent rien me dire, à propos. Ici la vie, champ d’expérience de grande étendue inexploré par moi ; mais il ne me sert de rien qu’ils l’aient exploré. Si j’ai fait quelque découverte que je juge de valeur, je suis sûr, à la réflexion, que mes mentors ne m’en ont soufflé mot.<a></a><a></a><br>Certain fermier me déclare : « On ne peut pas vivre uniquement de végétaux, car ce n’est pas cela qui vous fait des os » ; sur quoi le voici qui religieusement consacre une partie de sa journée à soutenir sa thèse avec la matière première des os ; marchant, tout le temps qu’il parle, derrière ses bœufs, qui grâce à des os de végétaux, vont le cahotant, lui et sa lourde charrue, à travers tous les obstacles. Il est des choses réellement nécessaires à la vie dans certains milieux, les plus impuissants et les plus malades, qui dans d’autres sont uniquement de luxe, dans d’autres encore, totalement inconnues.<a></a><a></a><br>Il semble à d’aucuns que le territoire de la vie humaine ait été en entier parcouru par leurs prédécesseurs, monts et vaux tout ensemble, et qu’il n’est rien à quoi l’on n’ait pris garde. Suivant Evelyn, « le sage Salomon prescrivit des ordonnances relatives même à la distance des arbres ; et les prêteurs romains ont déterminé le nombre de fois qu’il est permis, sans violation de propriété, d’aller sur la terre de son voisin ramasser les glands qui y tombent, ainsi que la part qui revient à ce voisin ». Hippocrate a été jusqu’à laisser des instructions sur la façon dont nous devrions nous couper les ongles : c’est-à-dire au niveau des doigts, ni plus courts ni plus longs ! Nul doute que la lassitude et l’ennui mêmes qui se flattent d’avoir épuisé toutes les ressources et les joies de la vie ne soient aussi vieux qu’Adam. Mais on n’a jamais pris les mesures de capacité de l’homme ; et on ne saurait, suivant nuls précédents, juger de ce qu’il peut faire, si peu on a tenté. Quels qu’aient été jusqu’ici tes insuccès, « ne pleure pas, mon enfant, car où donc celui qui te désignera la partie restée inachevée de ton œuvre ? »<a></a><a></a>.<br>Il est mille simples témoignages par lesquels nous pouvons juger nos existences ; comme, par exemple, que le soleil qui mûrit mes haricots, illumine en même temps tout un système de terres comme la nôtre. M’en fussé-je souvenu que cela m’eût évité quelques erreurs. Ce n’est pas le jour sous lequel je les ai sarclés. Les étoiles sont les sommets de quels merveilleux triangles ! Quels êtres distants et différents dans les demeures variées de l’univers contemplent la même au même moment ! La nature et la vie humaine sont aussi variées que nos divers tempéraments. Qui dira l’aspect sous lequel se présente la vie à autrui ? Pourrait-il se produire miracle plus grand que pour nous de regarder un instant par les yeux les uns des autres ? Nous vivrions dans tous les âges du monde sur l’heure ; que dis-je ! dans tous les mondes des âges. Histoire, Poésie, Mythologie ! – Je ne sache pas de leçon de l’expérience d’autrui aussi frappante et aussi profitable que le serait celle-là.<a></a><a></a><br>Ce que mes voisins appellent bien, je le crois en mon âme, pour la majeure partie, être mal, et si je me repens de quelque chose, ce doit fort vraisemblablement être de ma bonne conduite. Quel démon m’a possédé pour que je me sois si bien conduit ? Vous pouvez dire la chose la plus sage que vous pouvez, vieillard – vous qui avez vécu soixante-dix années, non sans honneur d’une sorte – j’entends une voix irrésistible m’attirer loin de tout cela. Une génération abandonne les entreprises d’une autre comme des vaisseaux échoués.</p>



<p>Je crois que nous pouvons sans danger nous bercer de confiance un tantinet plus que nous ne faisons. Nous pouvons nous départir à notre égard de tout autant de souci que nous en dispensons honnêtement ailleurs. La nature est aussi bien adaptée à notre faiblesse qu’à notre force. L’anxiété et la tension continues de certains est à bien peu de chose près une forme incurable de maladie. On nous porte à exagérer l’importance de ce que nous faisons de travail ; et cependant qu’il en est de non fait par nous ! ou que serait-ce si nous étions tombés malades ? Que vigilants nous sommes ! déterminés à ne pas vivre par la foi si nous pouvons l’éviter ; tout le jour sur le qui-vive, le soir nous disons nos prières de mauvaise grâce et nous confions aux éventualités. Ainsi bel et bien sommes-nous contraints de vivre, vénérant notre vie, et niant la possibilité de changement. C’est le seul moyen, déclarons-nous ; mais il est autant de moyens qu’il se peut tirer de rayons d’un centre. Tout changement est un miracle à contempler ; mais c’est un miracle renouvelé à tout instant. Confucius disait : « Savoir que nous savons ce que nous savons, et que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas, en cela le vrai savoir. » Lorsqu’un homme aura réduit un fait de l’imagination à être un fait pour sa compréhension, j’augure que tous les hommes établiront enfin leurs existences sur cette base.</p>



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		<title>
  La Lettre écarlate &#8211; Nathaniel Hawthorne</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 13:17:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ô Vieillesse ennemie ?]]></category>
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<p><em><strong>Le narrateur travaille au Bureau des Douanes dans la ville de Salem, Massachusetts, aux Etats-Unis. Dans cet extrait, il écrit à propos de ses collègues plus âgés&#8230;</strong></em></p>



<p>À moins que les gens ne soient par trop désagréables, j’ai la folle habitude de me sentir porté à l’affection envers eux. Le bon côté du caractère de mon voisin – si ce bon côté existe – est celui qui l’emporte généralement à mes yeux. Comme la plupart de ces vieux fonctionnaires avaient leurs bons côtés et comme ma position m’imposait envers eux une attitude protectrice favorable au développement de sentiments amicaux, je ne tardai pas à les prendre tous en affection.<br>Les après-midi d’été, quand l’ardente chaleur qui liquéfiait presque le reste des humains communiquait seulement à leurs organismes engourdis une ravigotante tiédeur, il était agréable de les entendre bavarder dans l’entrée sur leurs rangées de chaises en équilibre contre le mur. Les mots d’esprit des générations passées dégelaient sur leurs lèvres et en découlaient en même temps que des rires. La jovialité des hommes âgés a beaucoup de rapport avec la gaieté des enfants. L’esprit et le sens du comique n’ont pas grand-chose à y voir. Il s’agit, chez les uns comme chez les autres, d’une lumière qui joue en surface et donne un aspect joyeux tant à de verts rameaux qu’à de vermoulus troncs gris. Mais en un cas il s’agit vraiment des rayons du soleil, dans l’autre, il y a de la ressemblance avec la lueur phosphorescente du bois pourrissant.<br>Il serait tristement injuste, le lecteur doit s’en rendre compte, de représenter tous mes excellents vieux amis comme tombés en enfance. D’abord, tous mes collègues n’étaient pas vieux. Il y avait parmi eux des hommes dans la force de l’âge, énergiques, capables, tout à fait supérieurs au genre de vie apathique, à la situation dépendante que leur avait réservée leur mauvaise étoile. Et, par ailleurs, les boucles blanches de l’âge se trouvaient parfois être le chaume qui recouvrait une charpente intellectuelle en bon état. Mais, en ce qui concerne la majorité de mon corps de vétérans, je ne leur ferai nul tort si je les représente comme un tas de vieux radoteurs n’ayant rien conservé qui valût la peine des nombreuses expériences de leur longue vie. Ils semblaient avoir jeté aux quatre vents les grains d’or de la sagesse pratique, qu’ils auraient eu tant d’occasions d’engranger, et avoir bien soigneusement empli leurs mémoires de balle d’avoine. Ils parlaient avec bien plus d’intérêt et d’onction de leur petit déjeuner du matin ou de leur dîner de la veille que du naufrage qu’ils avaient fait quarante ou cinquante ans auparavant et que des merveilles du monde qu’ils avaient pu, en leur temps, voir de leurs yeux.<br>Leur aîné à tous, le patriarche, non seulement de cette petite équipe mais, j’ose le déclarer, de tout le respectable corps des fonctionnaires des Douanes aux États-Unis, était certain sous-inspecteur inamovible. Il pouvait vraiment être appelé un fils légitime de l’administration car son père, un colonel de la Révolution, qui avait été auparavant commissaire du port, avait créé un poste pour lui et l’y avait nommé en des temps si reculés que peu de gens en peuvent aujourd’hui garder le souvenir. Cet inspecteur était, lorsque je l’ai connu, un homme d’environ quatre-vingts ans et un des plus merveilleux spécimens de verdeur prolongée que l’on ait chance de rencontrer au long d’une vie. Avec son teint fleuri, sa personne compacte bien sanglée dans une tunique bleue à boutons brillants, son pas vif, son air dispos et de belle humeur, il donnait l’impression, non à vrai dire d’un homme jeune, mais d’une nouvelle invention de notre Mère Nature, d’un être que ni l’âge ni les infirmités ne devaient se mêler de toucher. Sa voix et son rire, qui ne cessaient de retentir dans tout le bâtiment, n’avaient rien de cassé ni de chevrotant, mais jaillissaient de ses poumons avec la sonorité du chant du coq ou du son du clairon. À le regarder simplement comme un animal (et il n’y avait pas grand-chose d’autre à voir en lui), il satisfaisait par sa santé intacte, sa faculté de jouir, en cet âge avancé, de toutes ou presque toutes les délices qu’il avait jamais recherchées. La vie que lui assurait son traitement – vie sans souci que ne troublait qu’à peine et rarement l’appréhension d’être destitué – avait évidemment contribué à lui rendre léger le passage du temps. Mais les raisons véritables et profondes de sa vitalité prolongée, il fallait les chercher dans la rare perfection d’une nature animale où ne se mêlaient qu’une dose très modérée d’intelligence et un appoint très négligeable d’éléments moraux et spirituels. Ces derniers existaient seulement dans une mesure suffisante pour empêcher le vieux monsieur de marcher à quatre pattes. Il ne possédait ni vigueur de pensée, ni profondeur de sentiments, ni gênante sensibilité. Rien, en somme, que quelques instincts ordinaires qui, avec l’aide de cette bonne humeur, inévitable conséquence de son bien-être physique, lui tenaient fort convenablement lieu de cœur. Il avait été l’époux de trois femmes, mortes toutes trois depuis longtemps ; père de quelque vingt enfants qui, un peu à tous les âges, avaient fait eux aussi retour à la poussière. On aurait pu supposer qu’il y avait là matière à suffisamment de chagrin pour assombrir les dispositions les plus joviales. Mais il n’en allait point ainsi avec notre vieux sous-inspecteur ! Un petit soupir suffisait à l’alléger du poids de tant de tristes réminiscences. L’instant d’après, il était aussi disposé à s’amuser qu’un petit garçon encore en robes : bien plus que le commis aux écritures du receveur qui, à dix-neuf ans, se montrait de beaucoup l’aîné des deux.<br>J’observais ce patriarcal personnage avec bien plus de curiosité que n’importe quel autre des humains qui s’offraient alors à mon attention. C’était vraiment un phénomène rare : si parfait à un point de vue, si creux, si décevant, si insaisissable qu’il en devenait inexistant à tous les autres. Je concluais qu’il n’avait ni cœur, ni âme, ni esprit. Rien, comme je l’ai déjà dit, que des instincts.<br>Et pourtant, le petit nombre d’éléments qui composaient son personnage avait été si habilement assemblé que cet homme ne donnait aucune impression pénible de lacune. Il m’inspirait, tel quel, une satisfaction complète. Sans doute était-il difficile de concevoir comment il pourrait exister dans l’au-delà tant il semblait fait pour le monde des sens. Mais, même si elle devait se terminer avec son dernier soupir, son existence ici-bas ne lui avait pas été donnée par un geste dépourvu de bonté. Sans avoir plus de responsabilité que les bêtes des champs, le vieux sous-inspecteur avait eu de plus larges possibilités de jouissances qu’elles en même temps que l’immunité bénie qui les préserve des sombres tristesses du vieil âge.<br>Un point sur lequel il remportait de beaucoup l’avantage sur ses frères à quatre pattes était son don de se souvenir des bons dîners qu’il avait mangés&#8230;</p>



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