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	<title>On refait l&rsquo;Histoire &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<title>On refait l&rsquo;Histoire &#8211; Classiclass-blog</title>
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		<title>
  Les Aventures d’Huckleberry Finn – Mark Twain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jul 2023 15:17:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[On refait l'Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[Comme il se montrait encore préoccupé, je pris un des livres et, pour le distraire, je lui lus une histoire où il était question de rois, de ducs, de comtes, de gens à qui on ne disait pas « Monsieur », mais « Votre Majesté »]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Après Les Aventures de Tom Sawyer, Mark Twain a écrit Les Aventures d&rsquo;Huckleberry Finn. Dans ce passage le héros du roman, Huck, discute de l&rsquo;Histoire des rois avec Jim, un esclave en fuite.</em></p>



<p>Comme il se montrait encore préoccupé, je pris un des livres et, pour le distraire, je lui lus une histoire où il était question de rois, de ducs, de comtes, de gens à qui on ne disait pas « Monsieur », mais « Votre Majesté », « Votre Grâce », « Monseigneur », qui portaient des habits de velours et avaient au côté une épée qu’ils tiraient à tout propos.<br>Jim ouvrait de grands yeux et m’interrompait à chaque instant pour me demander des explications que je lui donnais de mon mieux.<br>– Je n’ai pas beaucoup entendu parler de rois, me dit-il, à moins de compter ceux qu’on voit sur les jeux de cartes. Combien gagne un roi ?<br>– Combien il gagne ? Rien du tout. Il prend ce qu’il veut – mille dollars par mois et même davantage, si cela ne lui suffit pas.<br>– Bah ! il aurait de la peine à dépenser mille dollars par mois. Et qu’a-t-il à faire, massa Huck ?<br>– En voilà une question ! Est-ce que tu te figures qu’il est obligé de travailler ?<br>– C’est un métier qui m’irait assez.<br>– Tu n’es pas dégoûté. Seulement, en temps de guerre, il faut qu’il monte à cheval et se batte comme les autres. Quelquefois, il se dispute avec son parlement et coupe la tête des gens qui ne lui obéissent pas.<br>– Ça ne m’étonne pas. Le roi Salomon – celui-là, j’en ai entendu parler – a fait bien pis.<br>– Mais non, mais non, Jim. Il n’y a jamais eu un roi plus sage ; miss Watson me l’a dit.<br>– Elle peut dire ce qui lui plaira. Vous ne connaissez donc pas l’histoire du bébé qu’il voulait couper en deux ?<br>– Si, je la connais, et elle prouve justement combien Salomon était sage.<br>– Allons donc ! C’est comme si un juge déchirait un billet de banque en deux, parce que deux individus le réclament. Voilà comment le roi Salomon a agi. Je vous demande un peu à quoi sert une moitié d’enfant ? Je ne donnerais pas un liard d’un million d’enfants coupés en deux, ni vous non plus.<br>– Tu n’as rien compris à cette histoire, Jim.<br>– Qui ? Moi ? Je ne suis pas plus bête qu’un autre et je comprends qu’il n’y a pas l’ombre de bon sens dans l’affaire du roi Salomon. Personne ne demandait une moitié d’enfant. On voulait l’enfant tout entier, et un juge qui croit arranger la dispute en coupant l’enfant en deux n’en sait pas assez pour ouvrir son parapluie afin de se garer d’une averse.<br>– Je te répète que tu n’y as rien compris. J’eus beau chercher à lui expliquer que Salomon n’avait pas la moindre intention de tuer l’enfant et qu’il tenait seulement à découvrir la vraie mère, je n’y pus réussir. Lorsque Jim se fourrait une idée dans la tête, impossible de l’en faire démordre.<br>– Et vous, Huck, voudriez-vous être roi ? me demanda-t-il tout à coup.<br>– Non, ma foi. On me traiterait peut-être comme on a traité le roi Louis XVI. Je t’ai lu son histoire là-haut, dans la grotte de l’île Jackson.<br>– C’est vrai ; je me rappelle maintenant, et le métier me paraît moins bon. Et on a laissé mourir en prison le pauvre petit dauphin qui aurait dû être roi !<br>– Il y a des gens qui croient qu’il s’est sauvé en Amérique.<br>– Tant mieux ; mais nous n’avons pas de rois chez nous ; que veux-tu qu’il fasse ici ?<br>– Je n’en sais rien. Il doit être assez vieux aujourd’hui ; mais il pourra toujours apprendre aux Américains à parler français.<br>– Est-ce que les Français ne parlent pas comme nous ?<br>– Non, Jim, ni les Allemands non plus. Tu ne comprendrais pas un mot de ce qu’ils te diraient, pas un seul.<br>– Par exemple, voilà qui est fort.<br>– Oui, mais c’est comme ça. Moi, je connais un mot ou deux de leur baragouin, parce que miss Watson a voulu m’apprendre. Merci, c’est trop difficile ! Si un colporteur se campait devant toi et te disait : Sprechen Sie Deutsch ? que répondrais-tu ?<br>– Je ne lui répondrais pas ; je lui flanquerais un coup de poing. Je croirais qu’il se moque de moi.<br>– Nigaud ! Il te demanderait tout bonnement si tu parles allemand.<br>– Alors pourquoi ne le demande-t-il pas ?<br>– Mais il te le demande – c’est sa façon de le demander.<br>– C’est une bête de façon qui n’a pas le sens commun.<br>– Voyons, Jim, les chats parlent-ils comme nous ?<br>– Non, les chats ne parlent pas comme nous.<br>– Et les vaches ?<br>– Les vaches non plus.<br>– Est-ce qu’un chat parle comme une vache ou une vache comme un chat ?<br>– Non.<br>– Et tu trouves tout simple que les vaches et les chats parlent d’une manière différente, pas vrai ?<br>– Oui, pour sûr.<br>– Alors n’est-il pas tout simple que des hommes d’un autre pays parlent autrement que nous ? Réponds à ça.<br>– Un chat est-il un homme, Huck ?<br>– Non.<br>– Il n’y a donc pas de raison pour qu’il parle comme nous. Une vache est-elle un homme ? Une vache est-elle un chat ?<br>– Non, non, et non ! Elle n’est ni l’un ni l’autre.<br>– Eh bien, alors, elle ne doit parler ni comme l’un ni comme l’autre ; mais un Français est-il un homme ?<br>– Oui.<br>– Eh bien alors, pourquoi diantre ne parle-t-il pas comme un homme ? Répondez à ça.<br>…</p>
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		<title>
  Mémoires d’outre-tombe &#8211; Chateaubriand : rencontre avec Bonaparte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jul 2023 09:30:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[On refait l'Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[Bonaparte m'aperçut et me reconnut, j'ignore à quoi. Quand il se dirigea vers ma personne, on ne savait qui il cherchait; les rangs s'ouvraient successivement; chacun espérait que le consul s'arrêterait à lui...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>En 1802, Chateaubriand a 34 ans et a déjà écrit Atala et René (deux romans qui ont marqué l’époque) ainsi que Le Génie du Christianisme (une apologie du christianisme).</em></p>



<p>Livre 14 &#8211; Chapitre 4</p>



<p>Paris, 1838.</p>



<p><strong>Années de ma vie, 1802 et 1803. − Entrevue avec Bonaparte.</strong></p>



<p>Tandis que nous étions occupés du vivre et du mourir vulgaires, la marche gigantesque du monde s&rsquo;accomplissait ; l&rsquo;Homme du temps prenait le haut bout dans la race humaine. Au milieu des remuements immenses, précurseurs du déplacement universel, j&rsquo;étais débarqué à Calais pour concourir à l&rsquo;action générale, dans la mesure assignée à chaque soldat. J&rsquo;arrivai, la première année du siècle, au camp où Bonaparte battait le rappel des destinées : il devint bientôt premier consul à vie.</p>



<p>Après l&rsquo;adoption du Concordat par le Corps législatif en 1802, Lucien, ministre de l&rsquo;intérieur, donna une fête à son frère ; j&rsquo;y fus invité, comme ayant rallié les forces chrétiennes et les ayant ramenées à la charge. J&rsquo;étais dans la galerie, lorsque Napoléon entra : il me frappa agréablement ; je ne l&rsquo;avais jamais aperçu que de loin. Son sourire était caressant et beau ; son oeil admirable, surtout par la manière dont il était placé sous son front et encadré dans ses sourcils. Il n&rsquo;avait encore aucune charlatanerie dans le regard, rien de théâtral et d&rsquo;affecté. Le Génie du Christianisme, qui faisait en ce moment beaucoup de bruit, avait agi sur Napoléon.</p>



<p>Une imagination prodigieuse animait ce politique si froid : il n&rsquo;eût pas été ce qu&rsquo;il était, si la muse n&rsquo;eût été là ; la raison accomplissait les idées du poète. Tous ces hommes à grande vie sont toujours un composé de deux natures, car il les faut capables d&rsquo;inspiration et d&rsquo;action : l&rsquo;une enfante le projet, l&rsquo;autre l&rsquo;accomplit.</p>



<p>Bonaparte m&rsquo;aperçut et me reconnut, j&rsquo;ignore à quoi. Quand il se dirigea vers ma personne, on ne savait qui il cherchait ; les rangs s&rsquo;ouvraient successivement ; chacun espérait que le consul s&rsquo;arrêterait à lui ; il avait l&rsquo;air d&rsquo;éprouver une certaine impatience de ces méprises. Je m&rsquo;enfonçais derrière mes voisins ; Bonaparte éleva tout à coup la voix et me dit :  » Monsieur de Chateaubriand !  » Je restai seul alors en avant, car la foule se retira et bientôt se reforma en cercle autour des interlocuteurs. Bonaparte m&rsquo;aborda avec simplicité : sans me faire de compliments, sans questions oiseuses, sans préambule, il me parla sur-le-champ de l&rsquo;Egypte et des Arabes, comme si j&rsquo;eusse été de son intimité et comme s&rsquo;il n&rsquo;eût fait que continuer une conversation déjà commencée entre nous.  » J&rsquo;étais toujours frappé  » me dit−il,  » quand je voyais les cheiks tomber à genoux au milieu du désert, se tourner vers l&rsquo;Orient et toucher le sable de leur front. Qu&rsquo;était−ce que cette chose inconnue qu&rsquo;ils adoraient vers l&rsquo;orient ? « </p>



<p>Bonaparte s&rsquo;interrompit, et passant sans transition à une autre idée :  » Le christianisme ? Les idéologues n&rsquo;ont−ils pas voulu en faire un système d&rsquo;astronomie ? Quand cela serait, croient−ils me persuader que le christianisme est petit ? Si le christianisme est l&rsquo;allégorie du mouvement des sphères, la géométrie des astres, les esprits forts ont beau faire, malgré eux ils ont encore laissé assez de grandeur à l&rsquo;infâme. « </p>



<p>Bonaparte incontinent s&rsquo;éloigna. Comme à Job, dans ma nuit,  » un esprit est passé devant moi; les poils de ma chair se sont hérissés ; il s&rsquo;est tenu là : je ne connais point son visage et j&rsquo;ai entendu sa voix comme un petit souffle « .</p>



<p>Mes jours n&rsquo;ont été qu&rsquo;une suite de visions ; l&rsquo;enfer et le ciel se sont continuellement ouverts sous mes pas ou sur ma tête, sans que j&rsquo;aie eu le temps de sonder leurs ténèbres ou leurs lumières. J&rsquo;ai rencontré une seule fois sur le rivage des deux mondes l&rsquo;homme du dernier siècle et l&rsquo;homme du nouveau, Washington et Napoléon. Je m&rsquo;entretins un moment avec l&rsquo;un et l&rsquo;autre ; tous deux me renvoyèrent à la solitude, le premier par un souhait bienveillant, le second par un crime.</p>



<p>Je remarquai qu&rsquo;en circulant dans la foule Bonaparte me jetait des regards plus profonds que ceux qu&rsquo;il avait arrêtés sur moi en me parlant. Je le suivais aussi des yeux :</p>



<p>Chi è quel grande, che non par che curi L&rsquo;incendio ?</p>



<p> » Quel est ce grand qui n&rsquo;a cure de l&rsquo;incendie ?  » (Dante)</p>



<p>Livre 14 &#8211; Chapitre 5</p>



<p>Paris, 1837.</p>



<p><strong>Année de ma vie, 1803. − Je suis nommé premier secrétaire d&rsquo;ambassade à Rome.</strong></p>



<p>A la suite de cette entrevue, Bonaparte pensa à moi pour Rome : il avait jugé d&rsquo;un coup d&rsquo;oeil où et comment je lui pouvais être utile. Peu lui importait que je n&rsquo;eusse pas été dans les affaires, que j&rsquo;ignorasse jusqu&rsquo;au premier mot de la diplomatie pratique ; il croyait que tel esprit sait toujours, et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;apprentissage. C&rsquo;était un grand découvreur d&rsquo;hommes ; mais il voulait qu&rsquo;ils n&rsquo;eussent de talent que pour lui, à condition encore qu&rsquo;on parlât peu de ce talent ; jaloux de toute renommée, il la regardait comme une usurpation sur la sienne : il ne devait y avoir que Napoléon dans l&rsquo;univers.</p>



<p>Fontanes et madame Bacciocchi me parlèrent de la satisfaction que le Consul avait eue de ma conversation : je n&rsquo;avais pas ouvert la bouche ; cela voulait dire que Bonaparte était content de lui. Ils me pressèrent de profiter de la fortune. L&rsquo;idée d&rsquo;être quelque chose ne m&rsquo;était jamais venue ; je refusai net. Alors, on fit parler une autorité à laquelle il m&rsquo;était difficile de résister.</p>



<p>L&rsquo;abbé Emery, supérieur du séminaire de Saint−Sulpice, vint me conjurer, au nom du clergé, d&rsquo;accepter, pour le bien de la religion, la place de premier secrétaire de l&rsquo;ambassade que Bonaparte destinait à son oncle, le cardinal Fesch.</p>
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		<title>
  Mémoires d’outre-tombe &#8211; Chateaubriand : rencontre avec George Washington</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jul 2023 09:20:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[On refait l'Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[Au bout de quelques minutes, le général entra : d'une grande taille, d'un air calme et froid plutôt que noble il est ressemblant dans ses gravures. Je lui présentai ma lettre en silence ; il l'ouvrit, courut à la signature qu'il lut tout haut avec exclamation : " Le colonel Armand ! " ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Lors de sa rencontre en 1791 avec George Washington, qui est le premier Président des Etats-Unis (de 1789 à 1797), Chateaubriand a 23 ans. Il était jeune officier mais avait décidé de partir en voyage pour «&nbsp;découvrir le passage au nord-ouest de l’Amérique&nbsp;».</em></p>



<p>Livre 6 &#8211; Chapitre 7</p>



<p>Londres, d&rsquo;avril à septembre 1822.</p>



<p><strong>Philadelphie. − Le général Washington.</strong></p>



<div class="wp-block-uagb-image aligncenter uagb-block-37f41735 wp-block-uagb-image--layout-default wp-block-uagb-image--effect-static wp-block-uagb-image--align-center"><figure class="wp-block-uagb-image__figure"><img decoding="async" srcset="https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/07/Gilbert-Stuart-George-Washington-638x1024.jpg " sizes="auto, (max-width: 480px) 150px" src="https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/07/Gilbert-Stuart-George-Washington-638x1024.jpg" alt="" class="uag-image-3144" width="638" height="1024" title="" loading="lazy"/></figure></div>



<p></p>



<p>Baltimore, comme toutes les autres métropoles des Etats−Unis, n&rsquo;avait pas l&rsquo;étendue qu&rsquo;elle a maintenant : c&rsquo;était une jolie petite ville catholique, propre, animée, où les moeurs et la société avaient une grande affinité avec les moeurs et la société de l&rsquo;Europe. Je payai mon passage au capitaine et lui donnai un dîner d&rsquo;adieu. J&rsquo;arrêtai ma place au stage−coach qui faisait trois fois la semaine le voyage de Pennsylvanie. A quatre heures du matin, j&rsquo;y montai, et me voilà roulant sur les chemins du Nouveau−Monde.</p>



<p>La route que nous parcourûmes, plutôt tracée que faite, traversait un pays assez plat : presque point d&rsquo;arbres, fermes éparses, villages clairsemés, climat de la France, hirondelles volant sur les eaux comme sur l&rsquo;étang de Combourg.</p>



<p>En approchant de Philadelphie, nous rencontrâmes des paysans allant au marché, des voitures publiques et des voitures particulières. Philadelphie me parut une belle ville, les rues larges, quelques−unes plantées, se coupant à angle droit dans un ordre régulier du nord au sud et de l&rsquo;est à l&rsquo;ouest. La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord occidental. Cette rivière serait considérable en Europe : on n&rsquo;en parle pas en Amérique ; ses rives sont basses et peu pittoresques.</p>



<p>A l&rsquo;époque de mon voyage (1791), Philadelphie ne s&rsquo;étendait pas encore jusqu&rsquo;à la Shuylkill; le terrain, en avançant vers cet affluent, était divisé par lots, sur lesquels on construisait çà et là des maisons.</p>



<p>L&rsquo;aspect de Philadelphie est monotone. En général, ce qui manque aux cités protestantes des Etats−Unis, ce sont les grandes oeuvres de l&rsquo;architecture : la Réformation jeune d&rsquo;âge, qui ne sacrifia point à l&rsquo;imagination, a rarement élevé ces dômes, ces nefs aériennes, ces tours jumelles dont l&rsquo;antique religion catholique a couronné l&rsquo;Europe. Aucun monument à Philadelphie, à New−York, à Boston, ne pyramide au-dessus de la masse des murs et des toits: l&rsquo;oeil est attristé de ce niveau.</p>



<p>Descendu d&rsquo;abord à l&rsquo;auberge, je pris ensuite un appartement dans une pension où logeaient des colons de Saint−Domingue, et des Français émigrés avec d&rsquo;autres idées que les miennes. Une terre de liberté offrait un asile à ceux qui fuyaient la liberté : rien ne prouve mieux le haut prix des institutions généreuses que cet exil volontaire des partisans du pouvoir absolu dans une pure démocratie.</p>



<p>Un homme, débarqué comme moi aux Etats−Unis, plein d&rsquo;enthousiasme pour les peuples classiques, un Caton qui cherchait partout la rigidité des premières moeurs romaines, dut être fort scandalisé de trouver partout le luxe des équipages, la frivolité des conversations, l&rsquo;inégalité des fortunes, l&rsquo;immoralité des maisons de banque et de jeu, le bruit des salles de bal et de spectacle. A Philadelphie j&rsquo;aurais pu me croire à Liverpool ou à Bristol. L&rsquo;apparence du peuple était agréable : les quakeresses avec leurs robes grises, leurs petits chapeaux uniformes et leurs visages pâles, paraissaient belles.</p>



<p>A cette heure de ma vie, j&rsquo;admirais beaucoup les républiques, bien que je ne les crusse pas possibles à l&rsquo;époque du monde où nous étions parvenus : je connaissais la liberté à la manière des anciens, la liberté fille des moeurs dans une société naissante ; mais j&rsquo;ignorais la liberté fille des lumières et d&rsquo;une vieille civilisation, liberté dont la république représentative a prouvé la réalité : Dieu veuille qu&rsquo;elle soit durable ! on n&rsquo;est plus obligé de labourer soi-même son petit champ, de maugréer les arts et les sciences, d&rsquo;avoir des ongles crochus et la barbe sale pour être libre.</p>



<p>Lorsque j&rsquo;arrivai à Philadelphie, le général Washington n&rsquo;y était pas ; je fus obligé de l&rsquo;attendre une huitaine de jours. Je le vis passer dans une voiture que tiraient quatre chevaux fringants, conduits à grandes guides. Washington, d&rsquo;après mes idées d&rsquo;alors, était nécessairement Cincinnatus ; Cincinnatus en carrosse dérangeait un peu ma république de l&rsquo;an de Rome 296. Le dictateur Washington pouvait−il être autre qu&rsquo;un rustre, piquant ses boeufs de l&rsquo;aiguillon et tenant le manche de sa charrue ? Mais quand j&rsquo;allai lui porter ma lettre de recommandation, je retrouvai la simplicité du vieux Romain.</p>



<p>Une petite maison, ressemblant aux maisons voisines était le palais du président des Etats-Unis : point de gardes ; pas même de valets. Je frappai ; une jeune servante ouvrit. Je lui demandai si le général était chez lui ; elle me répondit qu&rsquo;il y était. Je répliquai que j&rsquo;avais une lettre à lui remettre. La servante me demanda mon nom, difficile à prononcer en anglais et qu&rsquo;elle ne put retenir. Elle me dit alors doucement : « Walk in, sir. Entrez, monsieur  » et elle marcha devant moi dans un de ces étroits corridors qui servent de vestibule aux maisons anglaises : elle m&rsquo;introduisit dans un parloir où elle me pria d&rsquo;attendre le général.</p>



<p>Je n&rsquo;étais pas ému : la grandeur de l&rsquo;âme ou celle de la fortune ne m&rsquo;imposent point ; j&rsquo;admire la première sans en être écrasé ; la seconde m&rsquo;inspire plus de pitié que de respect : visage d&rsquo;homme ne me troublera jamais.</p>



<p>Au bout de quelques minutes, le général entra : d&rsquo;une grande taille, d&rsquo;un air calme et froid plutôt que noble il est ressemblant dans ses gravures. Je lui présentai ma lettre en silence ; il l&rsquo;ouvrit, courut à la signature qu&rsquo;il lut tout haut avec exclamation :  » Le colonel Armand !  » C&rsquo;était ainsi qu&rsquo;il l&rsquo;appelait et qu&rsquo;avait signé le marquis de La Rouërie.</p>



<p>Nous nous assîmes. Je lui expliquai tant bien que mal le motif de mon voyage. Il me répondait par monosyllabes anglais et français, et m&rsquo;écoutait avec une sorte d&rsquo;étonnement ; je m&rsquo;en aperçus, et je lui dis avec un peu de vivacité :  » Mais il est moins difficile de découvrir le passage du nord-ouest que de créer un peuple comme vous l&rsquo;avez fait. − Well, well, young man ! Bien, bien, jeune homme  » s&rsquo;écria−t−il en me tendant la main. Il m&rsquo;invita à dîner pour le jour suivant, et nous nous quittâmes.</p>



<p>Je n&rsquo;eus garde de manquer au rendez−vous. Nous n&rsquo;étions que cinq ou six convives. La conversation roula sur la Révolution française. Le général nous montra une clef de la Bastille. Ces clefs, je l&rsquo;ai déjà remarqué étaient des jouets assez niais qu&rsquo;on se distribuait alors. Les expéditionnaires en serrurerie auraient pu, trois ans plus tard, envoyer au président des Etats-Unis le verrou de la prison du monarque qui donna la liberté à la France et à l&rsquo;Amérique. Si Washington avait vu dans les ruisseaux de Paris les vainqueurs de la Bastille, il aurait moins respecté sa relique. Le sérieux et la force de la Révolution ne venaient pas de ces orgies sanglantes. Lors de la révocation de l&rsquo;Edit de Nantes, en 1685, la même populace du faubourg Saint-Antoine, démolit le temple protestant à Charenton, avec autant de zèle qu&rsquo;elle dévasta l&rsquo;église de&nbsp; Saint-Denis en 1793.</p>



<p>Je quittai mon hôte à dix heures du soir, et ne l&rsquo;ai jamais revu ; il partit le lendemain, et je continuai mon voyage.</p>



<p>Telle fut ma rencontre avec le soldat citoyen, libérateur d&rsquo;un monde. Washington est descendu dans la tombe avant qu&rsquo;un peu de bruit se soit attaché à mes pas ; j&rsquo;ai passé devant lui comme l&rsquo;être le plus inconnu ; il était dans tout son éclat, moi dans toute mon obscurité ; mon nom n&rsquo;est peut−être pas demeuré un jour entier dans sa mémoire : heureux pourtant que ses regards soient tombés sur moi je m&rsquo;en suis senti échauffé le reste de ma vie : il y a une vertu dans les regards d&rsquo;un grand homme.</p>
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		<title>
  Un Conte de deux villes &#8211; Charles Dickens</title>
		<link>https://classiclass-blog.com/un-conte-de-deux-villes-charles-dickens/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jul 2023 08:53:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[On refait l'Histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[Monseigneur, un des puissants seigneurs de la cour, tenait sa réception bimensuelle dans son grand hôtel à Paris. Monseigneur se trouvait dans sa chambre du fond, le sanctuaire des sanctuaires, le Saint des Saints, pour la foule d’adorateurs attendant dehors, dans la suite des chambres. Monseigneur attendait son chocolat.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em><strong>Unique roman historique de Charles Dickens, mais toujours plein d&rsquo;humour. Le roman se déroule durant la Révolution française entre Paris et Londres. </strong></em></p>



<p>CHAPITRE VII</p>



<p>MONSEIGNEUR EN VILLE</p>



<p>Monseigneur, un des puissants seigneurs de la cour, tenait sa réception bimensuelle dans son grand hôtel à Paris. Monseigneur se trouvait dans sa chambre du fond, le sanctuaire des sanctuaires, le Saint des Saints, pour la foule d’adorateurs attendant dehors, dans la suite des chambres. Monseigneur attendait son chocolat. Monseigneur pouvait facilement avaler beaucoup de choses et selon quelques sombres et rares esprits, il était à craindre qu’il n’avalât avec la même facilité la France&nbsp;; mais son chocolat du matin ne pouvait entrer dans la gorge de Monseigneur sans l’aide de quatre hommes robustes, en plus du cuisinier.</p>



<p>Oui, cela prenait quatre hommes, tous les quatre magnifiquement chamarrés et leur chef, qui ne pouvait vivre avec moins de deux montres en or dans ses poches, et c’était à celui qui apporterait le plus de zèle à suivre la noble et chaste mode lancée par Monseigneur pour conduire l’heureux chocolat jusqu’à ses lèvres. Un premier laquais prenait le pot de chocolat en la présence sacrée&nbsp;; un deuxième battait et faisait mousser le chocolat avec un petit instrument qu’il portait pour cette cérémonie&nbsp;; un troisième présentait la serviette favorisée, un quatrième (celui des deux montres en or) versait le chocolat. Il était impossible que Monseigneur se passât de l’un des assistants du chocolat et qu’il se maintînt sans eux dans sa haute position sous les cieux admirateurs. La tache, sur son écusson, eût été ineffaçable si le chocolat avait été ignoblement servi, par trois hommes seulement&nbsp;; par deux hommes, il aurait fallu mourir.</p>



<p>Monseigneur était sorti la veille au soir à un petit souper où la Comédie et le Grand Opéra avaient été représentés d’une façon charmante. Monseigneur sortait la plupart des nuits pour assister à des petits soupers, dans une société étourdissante. Monseigneur était si poli et si impressionnable que la Comédie et le Grand Opéra exerçaient beaucoup plus d’influence sur lui que les choses ennuyeuses concernant les affaires et les secrets de l’État, ainsi que les besoins de toute la France. C’était heureux pour la France, ainsi que pour tous les pays favorisés de la sorte&nbsp;! N’avait-ce pas été ainsi en Angleterre (par exemple) dans les jours regrettés du joyeux Stuart qui la rendit&nbsp;?</p>



<p>Monseigneur avait une idée vraiment noble des affaires publiques en général, celle de les laisser suivre leur propre cours&nbsp;; des affaires publiques particulières, Monseigneur avait une autre vraiment noble idée, celle qu’elles devaient toutes tendre vers lui, tendre à augmenter son propre pouvoir, aller dans sa poche. De ses plaisirs généreux et particuliers, Monseigneur avait encore une autre vraiment noble idée, celle que la terre était faite pour eux. Le texte de sa devise (qui différait de l’original seulement par un pronom, ce qui n’est pas grand-chose) était&nbsp;: «&nbsp;La terre, et tout ce qu’elle contient, est à moi.&nbsp;»</p>



<p>Pourtant, Monseigneur s’était aperçu à la longue que des embarras vulgaires s’introduisaient dans ses affaires publiques et privées&nbsp;; et il s’était lié, par force, à cause de ces deux catégories d’affaires, avec un fermier général. Pour les finances publiques, parce que Monseigneur ne savait pas du tout s’y reconnaître et devait, en conséquence, les confier à quelqu’un qui s’y connaissait, et pour les finances privées, parce que les fermiers généraux étaient riches et que Monseigneur, après des générations de grand luxe et de grandes dépenses, devenait pauvre. D’autre part, Monseigneur avait fait sortir sa sœur d’un couvent alors qu’il était encore temps d’éviter le voile suspendu sur sa tête, ce vêtement le meilleur marché qu’elle pût porter, et l’avait accordée comme un objet de valeur à un très riche fermier général, mais pauvre en titres de noblesse, lequel fermier général qui portait une canne appropriée à sa fortune, avec une pomme d’or à son sommet, se trouvait actuellement parmi la foule, dans les antichambres où tout le monde se prosternait devant lui –&nbsp;excepté les hommes supérieurs du sang de Monseigneur qui, avec la propre femme du fermier général, le regardaient de haut en bas, avec un mépris altier.</p>



<p>Le fermier général était un homme somptueux. Dans ses écuries, il y avait trente chevaux, vingt-quatre domestiques mâles se tenaient dans ses appartements&nbsp;; six femmes de chambres servaient sa femme. Comme un homme qui prétendait ne rien faire d’autre que de piller et de détruire tout ce qu’il pourrait, le fermier général, bien que son mariage l’eût amené à une parfaite moralité sociale, était la plus importante des personnalités présentes, ce jour-là, à l’hôtel de Monseigneur.</p>



<p>Les salons présentaient un magnifique spectacle à regarder, ornés qu’ils étaient de tout ce que les décorateurs pensaient faire de mieux dans le goût de l’époque, ne demandant pas en vérité une impression de santé&nbsp;; quant aux épouvantails en tailleurs et en bonnet de nuit se trouvant ailleurs (et pas si loin car les tours de Notre-Dame, veillant presque à même distance entre ces deux extrêmes, pouvaient les voir tous les deux) ils auraient pu être une chose extrêmement désagréable si seulement la moindre personne de la maison de Monseigneur avait pu y songer. Des officiers militaires sans connaissances militaires&nbsp;; des officiers de marine qui n’avaient aucune idée d’un bateau&nbsp;; des officiers civils sans notion des affaires&nbsp;; des ecclésiastiques effrontés, mondains dans le monde le plus vain, avec des yeux sensuels, des langues relâchées et une vie plus relâchée encore&nbsp;; tous absolument ineptes à leurs diverses positions&nbsp;; tous mentant terriblement en prétendant y être aptes&nbsp;; et tous de près ou de loin de la même chair que Monseigneur&nbsp;; et pour cette raison tous plongés dans des emplois publics où il y a quelque chose à prendre&nbsp;; on en comptait des vingtaines et des vingtaines. Non moins nombreuses étaient les personnes qui n’allaient pas par un chemin droit vers un but honnête, quoiqu’elles n’eussent aucun lien direct avec Monseigneur ou avec l’État. Des docteurs faisaient de grandes fortunes avec des remèdes inoffensifs pour des malaises imaginaires, en souriant à leurs malades de la cour, dans les antichambres de Monseigneur. Des hommes à projets qui avaient découvert toutes sortes de solutions aux petits maux qui touchaient l’État, excepté celle de se mettre au travail et de déraciner le vice, versaient leur babillage éperdu dans les oreilles qui voulaient bien les entendre, aux réceptions de Monseigneur. Des philosophes sceptiques qui recréaient le monde avec des mots et qui construisaient des tours de Babel aussi fragiles que des châteaux de cartes pour escalader les cieux, s’entretenaient avec des chimistes sceptiques qui s’intéressaient à la transmutation des métaux, dans ces assemblées merveilleuses réunies par Monseigneur. Des gentilshommes exquis et du meilleur sang, ce qui était remarquable à cette époque, connus pour leur indifférence à tout ce qui était naturel et humain, étaient dans un état d’épuisement exemplaire, en l’hôtel de Monseigneur&nbsp;; dans les intérieurs que ces diverses personnalités laissaient derrière elles dans les beaux quartiers de Paris, les espèces, dans l’assemblée dévouée à Monseigneur –&nbsp;qui prenaient une bonne moitié de la noble compagnie&nbsp;– auraient difficilement trouvé parmi les femmes angéliques de ce monde une seule d’entre elles qui par ses allures et sa prestance eût avoué être une mère. La vérité, exception faite pour l’acte lui-même de mettre une créature encombrante au monde –&nbsp;ce qui est bien loin de faire une mère&nbsp;– une telle chose était inconnue des gens à la mode. Des nourrices gardaient cachés et élevaient les bébés démodés, et de charmantes grand-mères de soixante ans s’habillaient et vivaient comme à vingt.</p>



<p>La lèpre de l’hypocrisie défigurait chaque être humain qui approchait Monseigneur. Il y avait dans la salle la plus étriquée une demi-douzaine de personnes qui avaient eu, il y avait quelques années, un vague soupçon que les choses en général allaient quelque peu de travers. Comme moyen prometteur de les remettre à leur place, la moitié de cette demi-douzaine de personnes était devenue membres d’une secte de convulsionnistes et ils se demandaient même encore maintenant s’ils n’allaient pas se mettre à écumer, à rugir, à entrer en transes sur le champ, et ce faisant fixer un doigt hautement compréhensible vers l’avenir entre trois autres personnes qui s’étaient précipitées dans une autre secte, laquelle voulait remédier aux maux par des palabres sur le «&nbsp;Centre de la Vérité&nbsp;». Elles estimaient que l’homme avait dévié du Centre de la vérité, mais qu’il n’était pas sorti de la circonférence, et que, pour l’empêcher de voler en dehors de cette circonférence, il fallait l’obliger à jeûner et à avoir des entretiens avec les esprits. Chez ces sectaires, des discours innombrables étaient échangés avec les esprits –&nbsp;et il en naissait naturellement un monde parfait qui ne devint jamais manifeste.</p>



<p>Mais une grande consolation venait de ce que toute la société qui fréquentait le grand hôtel de Monseigneur était parfaitement habillée. Si seulement on avait été sûr que le jour du jugement dernier serait un jour habillé, tout le monde d’ici aurait été éternellement correctement habillé. De telles ondulations, et poudres, et échafaudages de coiffure, des teints si délicats, préservés et réparés avec tant d’art, de si galantes épées à regarder, et le sens de l’odorat si délicatement honoré, ne pouvaient que faire aller les choses et toujours et toujours. Les exquis gentilshommes si bien nés portaient des bagatelles qui pendaient qui tintaient quand languissamment ils se remuaient&nbsp;; ces entraves d’or sonnaient comme de précieuses clochettes&nbsp;; si bien qu’avec ces sonneries et le froufrou de soie des brocards et du linge fin, il y avait une sorte d’agitation de l’air qui éventait le quartier Saint-Antoine et sa faim dévorante, non loin de là. La toilette était le seul talisman, infaillible et charmeur, dont on se servait pour garder toute chose à sa place. Tout le monde était habillé pour un bal travesti qui ne devait jamais finir. Du palais des Tuileries, en passant par Monseigneur et toute la Cour, par les Chambres, les tribunaux de justice et toute la société (les gueux exceptés), le bal travesti descendait jusqu’au bourreau, qui, sous le charme lui aussi du talisman, était invité à officier «&nbsp;frisé, poudré, en habit lacé orné d’or, en escarpins de cérémonies et en bas de soie blancs&nbsp;», au gibet ou à la roue –&nbsp;la hache était une rareté&nbsp;– monsieur de Paris, comme il était d’usage de l’appeler parmi ses compères de province, monsieur d’Orléans et les autres, présidait en toilette élégante. Et qui, dans la société réunie à la réception de Monseigneur en cette année mil sept cent quatre-vingts de notre Seigneur pouvait se douter qu’un système reposant sur un bourreau frisé, poudré, lacé d’or, chaussé d’escarpins et portant des bas de soie blancs, ne verrait pas s’éteindre les étoiles.</p>



<p>Monseigneur, ayant délesté ses quatre hommes de leur fardeau, prit son chocolat et ordonna que les portes du plus saint des saints lieux s’ouvrissent. Alors, quelle soumission, quelle bassesse rampante, quelle servilité abjecte&nbsp;! Il y avait tant de courbettes du corps et de l’esprit qu’il n’en restait aucune pour le ciel, ce qui pouvait être une des raisons pour lesquelles les adorateurs de Monseigneur ne le troublaient jamais.</p>



<p>Accordant un mot de promesse ici, un sourire là, un chuchotement à un esclave heureux, agitant la main vers un autre, Monseigneur traversait avec affabilité les salons jusqu’aux régions éloignées où se trouvaient «&nbsp;les circonférences de la Vérité&nbsp;». Là, Monseigneur retournait, revenait sur ses pas, et ainsi de suite jusqu’à l’heure voulue où il se faisait enfermer dans son sanctuaire avec les fantômes du chocolat.</p>



<p>Le spectacle fini, l’agitation dans l’air devint un petit orage et les précieuses petites sonnettes descendirent l’escalier en tintant. Bientôt il ne resta plus qu’une personne de toute cette foule, avec son chapeau sous le bras, sa tabatière à la main, qui passait lentement parmi les miroirs en sortant.</p>



<p>—&nbsp;Je vous souhaite, dit cette personne en s’arrêtant à la dernière porte et en se tournant vers le sanctuaire, d’aller au diable&nbsp;!&nbsp;</p>
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