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	<title>Faites vos jeux ! &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<title>Faites vos jeux ! &#8211; Classiclass-blog</title>
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		<title>
  Le Page disgracié – Tristan L’Hermite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Sep 2023 15:58:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Faites vos jeux !]]></category>
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					<description><![CDATA[… mais mon mauvais destin voulut que je fisse connaissance avec un certain Page le plus malicieux, et le plus fripon de la Cour.]]></description>
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<p><em><strong>Roman inspiré de la vie de l’auteur, ou roman de formation, dans lequel Tristan L’Hermite</strong></em><strong><em> (1601 &#8211; 1655) </em></strong><em><strong>évoque sa jeunesse. Il entre très jeune à la cour d’Henri IV, comme page du fils naturel du Roi de France, et mènera une vie aventureuse.</strong></em></p>



<p><strong><em>Ici un passage en version originale. On peut aussi trouver des éditions en français moderne.</em></strong></p>



<p>… mais mon mauvais destin voulut que je fisse connaissance avec un certain Page le plus malicieux, et le plus fripon de la Cour. J’ay sujet de croire que ce fut l’organe dont se servit mon mauvais génie pour me tenter et me destruire. Ce mauvais Demon travesty sceut interrompre par son artifice le cours heureux de mes estudes, en me montrant secretement les subtils preceptes d’un art qui ne tend qu’à damner les ames. Ce fut luy qui m’apprit le premier l’usage des dez et des cartes&nbsp;; et qui se servant de mon innocence pour s’emparer du peu d’argent que j’avois, me fit folement piquer du desir de reparer mes pertes, et m’engager toûjours plus avant dans le malheur, par les instigations d’une trompeuse et fole esperance. Il m’imprima de telle sorte cette passion, qu’elle se rendit bien-tost égale à celle que j’avois pour l’estude, et à quelque temps de là l’on ne me pouvoit gueres surprendre sans avoir des dez dans mon écritoire, et des cartes parmy mes livres&nbsp;: et mesme ce déreglement alla si loin, que je me defaisois souvent pour joüer, des choses qui m’estoient necessaires pour apprendre, et que de tous les livres que j’avois accoustumé de feüilleter, il ne me restoit plus rien que des cartes. Nostre Precepteur ne fut pas longtemps à s’aviser de mes débauches&nbsp;; mais il luy fut impossible de m’en retirer&nbsp;: il employa vainement ses verges et ses preceptes sur ce sujet&nbsp;; le mal estoit desja trop enraciné. Je promettois souvent de ne joüer plus, les larmes aux yeux, mais dés qu’il m’avoit perdu de veuë, j’avois trois dez, ou une paire de cartes entre les mains.</p>
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		<title>
  Vingt-quatre heures de la vie d’une femme &#8211; Stefan Zweig</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2023 23:02:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Faites vos jeux !]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors j’entrai dans la salle de jeu, flânant d’une table à l’autre, sans jouer moi-même et regardant d’une façon spéciale les partenaires rassemblés là par le hasard. Je dis « d’une façon spéciale », car c’était celle que m’avait apprise mon défunt mari, un jour que fatiguée de regarder, je me plaignais de m’ennuyer à dévisager d’un air badaud toujours
les mêmes figures]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em>Dans une salle de jeu d’un casino de Monte-Carlo…</em></p>



<p>Alors j’entrai dans la salle de jeu, flânant d’une table à l’autre, sans jouer moi-même et regardant d’une façon spéciale les partenaires rassemblés là par le hasard.                           Je dis « d’une façon spéciale » , car c’était celle que m’avait apprise mon défunt mari, un jour que fatiguée de regarder, je me plaignais de m’ennuyer à dévisager d’un air badaud toujours les mêmes figures</p>



<p>(…)</p>



<p>Cependant, à cette époque déjà, je ne trouvais que très peu de charme à cette monotonie de visages indifférents, jusqu’à ce qu’un jour mon mari (dont la chiromancie, l’interprétation des lignes de la main était la passion particulière) m’indiqua une façon toute spéciale de regarder, effectivement beaucoup plus intéressante, beaucoup plus excitante et captivante que de rester là planté avec indolence : elle consistait à ne regarder jamais un visage, mais uniquement le rectangle de la table et, à cet endroit, seulement les mains des joueurs, rien que leur mouvement propre.</p>



<p>Je ne sais pas si par hasard vous-même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel la boule vacille de numéro en numéro, tel un homme ivre, et où, à l’intérieur des cases quadrangulaires, des bouts tourbillonnants de papier, des pièces rondes d’argent et d’or tombent comme une semence qu’ensuite le râteau du croupier moissonne d’un coup tranchant, comme une faucille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l’air d’être aux aguets, au bord de l’antre toujours différent d’une manche, mais chacune ressemblant à un fauve prêt à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaînes cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes, sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrantes d’une immense impatience.</p>



<p>Malgré moi, je pensais chaque fois à un champ de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu’ils ne s’élancent pas avant le bon moment : c’est exactement de la même manière qu’elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elles révèlent tout, par leur façon d’attendre, de saisir et de s’arrêter : griffues, elles dénoncent l’homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l’homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi, avec la rapidité de l’éclair, dans le geste pour prendre l’argent, soit que l’un le froisse, soit que l’autre nerveusement l’éparpille, soit qu’épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="850" height="572" src="https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/02/casino-jean-beraud.jpg" alt="casino-jean-beraud" class="wp-image-2564" srcset="https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/02/casino-jean-beraud.jpg 850w, https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/02/casino-jean-beraud-300x202.jpg 300w, https://classiclass-blog.com/wp-content/uploads/2023/02/casino-jean-beraud-768x517.jpg 768w" sizes="(max-width: 850px) 100vw, 850px" /><figcaption class="wp-element-caption">La Salle de jeux au Casino, de Jean Beraud, Musée Carnavalet, Paris</figcaption></figure>



<p></p>



<p>Le jeu révèle l’homme, c’est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore. Car tous ceux ou presque tous ceux qui pratiquent les jeux de hasard ont bientôt appris à maîtriser l’expression de leur visage : tout en haut, au-dessus du col de la chemise, ils portent le masque froid de l’impassibilité; ils contraignent à disparaître les plis se formant autour de la bouche ; ils relèguent leurs émotions entre leurs dents serrées ; ils dérobent à leurs propres yeux le reflet de leur inquiétude : ils donnent à leur visage un aspect lisse, plein d’une indifférence artificielle qui cherche à paraître de la distinction. Mais précisément parce que toute leur attention se concentre convulsivement sur ce travail de dissimulation de ce qu’il y a de plus visible dans leur personne, c’est-à-dire leur figure, ils oublient leurs mains, ils oublient qu’il y a des gens qui observent uniquement ces mains et qui devinent, grâce à elles, tout ce que s’efforcent de cacher là-haut la lèvre au pli souriant et les regards feignant l’indifférence. La main, elle, trahit sans pudeur ce qu’ils ont de plus secret. Car un moment vient inéluctablement où tous ces doigts, péniblement contenus et paraissant dormir, sortent de leur indolente désinvolture : à la seconde décisive où la boule de la roulette tombe dans son alvéole et où l’on crie le numéro gagnant, alors, à cette seconde, chacune de ces cent ou de ces cinq cents mains fait involontairement un mouvement tout personnel, tout individuel, imposé par l’instinct primitif. Et quand on est habitué à observer cette sorte d’arène des mains, comme moi, initiée depuis longtemps grâce à cette fantaisie de mon mari, on trouve plus passionnante que le théâtre ou la musique cette brusque façon, sans cesse différente, sans cesse imprévue, dont des tempéraments, toujours nouveaux, se démasquent : je ne puis pas vous décrire en détail les milliers d’attitudes qu’il y a dans les mains, pendant le jeu : les unes bêtes sauvages aux doigts poilus et crochus qui agrippent l’argent à la façon d’une araignée, les autres nerveuses, tremblantes, aux ongles pâles, osant à peine le toucher, les autres nobles ou vilaines, brutales ou timides, astucieuses ou quasi balbutiantes ; mais chacune a sa manière d’être particulière, car chacune de ces paires de mains exprime une vie différente, à l’exception de celles de quatre ou cinq croupiers. Celles-ci sont de véritables machines ; avec leur précision objective, professionnelle, complètement neutre par opposition à la vie exaltée des précédentes, elles fonctionnent comme les branches au claquement d’acier d’un tourniquet de compteur. Mais elles-mêmes, ces mains indifférentes, produisent à leur tour un effet étonnant par contraste avec leurs sœurs passionnées, tout à leur chasse : elles portent, si j’ose dire, un uniforme à part, comme des agents de police dans la houle et l’exaltation d’un peuple en émeute.</p>



<p>Ajoutez à cela l’agrément personnel qu’il y a, au bout de quelques soirs, à être familiarisé avec les multiples habitudes et passions de certaines mains ; après quelques jours, je ne manquais pas de m’être fait parmi elles de nouvelles connaissances, et je les classais, tout comme des êtres humains, en sympathiques et antipathiques. Plusieurs me déplaisaient tellement par leur grossièreté et leur cupidité que mon regard s’en détournait chaque fois, comme d’une chose indécente. Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi un événement et une curiosité : souvent j’en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le col, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d’une chemise de smoking ou d’une gorge étincelante.</p>
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		<title>
  La Rabouilleuse &#8211; Honoré de Balzac</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2023 22:38:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Faites vos jeux !]]></category>
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					<description><![CDATA[Cette passion, si universellement condamnée, n’a jamais été étudiée. Personne n’y a vu l’opium de la misère. La loterie, la plus puissante fée du monde, ne développait-elle pas des espérances magiques ? Le coup de roulette qui faisait voir aux joueurs des masses d’or et de jouissances ne durait que ce que dure un éclair [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p>Cette passion, si universellement condamnée, n’a jamais été étudiée. Personne n’y a vu l’opium de la misère.</p>



<p>La loterie, la plus puissante fée du monde, ne développait-elle pas des espérances magiques ? Le coup de roulette qui faisait voir aux joueurs des masses d’or et de jouissances ne durait que ce que dure un éclair ; tandis que la loterie donnait cinq jours d’existence à ce magnifique éclair. Quelle est aujourd’hui la puissance sociale qui peut, pour quarante sous, vous rendre heureux pendant cinq jours et vous livrer idéalement tous les bonheurs de la civilisation ?</p>
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		<title>
  L’Agent secret &#8211; Joseph Conrad</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2023 22:54:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Faites vos jeux !]]></category>
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					<description><![CDATA[…sa partie de whist* quotidienne au cercle. C’était l’habitude la plus douce de son existence, qui lui permettait, sans le secours ou l’obstacle d’aucun subalterne, de déployer les ressources généralement heureuses de son adresse. Chaque jour, de cinq à sept, avant de revenir dîner chez lui, il jouait à son cercle, et il oubliait, pendant [&#8230;]]]></description>
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<p>…sa partie de whist* quotidienne au cercle. C’était l’habitude la plus douce de son existence, qui lui permettait, sans le secours ou l’obstacle d’aucun subalterne, de déployer les ressources généralement heureuses de son adresse.</p>



<p>Chaque jour, de cinq à sept, avant de revenir dîner chez lui, il jouait à son cercle, et il oubliait, pendant ces deux heures, tout ce qu’il y avait de pénible dans la vie, comme si le jeu eût été la drogue bienfaisante capable d’endormir les angoisses d’une âme déçue et tourmentée. Il avait pour partenaires le directeur d’une revue en vogue, mélancoliquement facétieux&nbsp;; un avocat d’un certain âge, toujours silencieux, avec de petits yeux pétillants de malice&nbsp;; et un vieux colonel, homme simple, à la mine martiale, aux mains nerveuses et brunes. Ces personnages n’étaient pour lui que des relations de cercle&nbsp;; il ne les rencontrait jamais en dehors de la table de jeu. Mais tous trois paraissaient s’en approcher dans le même esprit&nbsp;; compagnons de misère, ils semblaient y trouver un remède passager aux maux secrets de l’existence. Et chaque jour, alors que le soleil déclinait au-dessus des innombrables toits de la capitale, une joie impatiente et douce, comme un élan de sincère et profonde amitié, venait alléger le fardeau professionnel du commissaire-adjoint. L’Agent secret, Joseph Conrad (1857 – 1924)</p>



<p></p>



<p>*whist&nbsp;: jeu de cartes, d&rsquo;origine britannique, dont le bridge est issu</p>



<p><strong>Pour aller plus loin </strong></p>



<p>Roman d&rsquo;espionnage, de police et de terrorisme, par Joseph Conrad (1857 – 1924), auteur anglais d&rsquo;origine polonaise.</p>
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