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	<title>L&rsquo;argent &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<title>L&rsquo;argent &#8211; Classiclass-blog</title>
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	<item>
		<title>
  Plutus &#8211; Aristophane</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Oct 2023 17:16:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[L'argent]]></category>
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					<description><![CDATA[Écoutez maintenant, car je vois bien qu’il faut que je vous dise ce que j’avais résolu de vous cacher : je suis Plutus.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><em><strong>Aristophane est né à Athènes vers 445 et mort vers 386 avant Jésus Christ, il est l&rsquo;un des premiers auteurs de comédies de l&rsquo;histoire. Onze de ses pièces nous sont parvenues, notamment Plutus, l&rsquo;Assemblée des femmes&#8230;</strong></em></p>



<p><em>Plutus est le Dieu de la richesse, et dans ce passage il est déguisé en misérable.</em></p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Écoutez maintenant, car je vois bien qu’il faut que je vous dise ce que j’avais résolu de vous cacher&nbsp;: je suis Plutus.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Ô le plus scélérat de tous les hommes&nbsp;! Tu serais Plutus, et tu nous l’aurais caché&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>Toi, Plutus, dans un si misérable état&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Ô Phébus Apollon&nbsp;! Dieux et Génies&nbsp;! Ô Jupiter&nbsp;? Quoi&nbsp;! tu serais Plutus&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Oui.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Lui-même&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Lui, en personne.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Hé&nbsp;! d’où sors-tu donc si mal vêtu&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Je viens de chez Patrocle, qui ne s’est jamais baigné depuis qu’il est au monde.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Mais, je te prie, comment es-tu devenu aveugle&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>C’est un présent que m’a fait Jupiter par jalousie pour les hommes. Car, lorsque j’étais fort jeune, je le menaçai de n’aller que chez les gens de bien, et il me rendit aveugle afin que je ne pusse plus les reconnaître, tant il porte d’envie à tous ceux qui ont de la vertu&nbsp;!</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Ce n’est pourtant que par les gens vertueux et honnêtes qu’il est honoré.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>J’en conviens.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Eh bien donc, si tu recouvrais la vue comme autrefois, fuirais-tu encore les méchants&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Assurément.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Irais-tu chez les gens de bien&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Sans doute, car il y a longtemps que je n’en ai vu.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Cela n’est pas étonnant, puisque, avec de bons yeux, je n’en vois pas un.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Lâchez-moi donc maintenant, car vous savez tout ce qui me regarde.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oh, par Jupiter, nous te retiendrons bien plus fortement.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Ne vous ai-je pas dit que vous me tourmenteriez&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Mais, je t’en conjure, laisse-toi persuader et ne me quitte point. Tu auras beau chercher, tu ne trouveras pas un si honnête homme que moi. Non, par Jupiter, il n’y en a pas un assurément, et je suis l’unique.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Ils disent tous cela&nbsp;; mais quand une fois ils me possèdent et qu’ils sont riches, ils deviennent tout à fait méchants.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Cela est vrai, mais pourtant tous les hommes ne sont pas méchants.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Tous sans exception.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Tu me payeras cela.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Mais afin que tu saches tous les avantages que tu auras si tu demeures avec nous, écoute&nbsp;: je crois qu’avec l’assistance du ciel, je te guérirai de cette cécité et que je te ferai recouvrer la vue.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Ne fais rien de cela, je veux rester aveugle.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Que dis-tu là&nbsp;!</p>



<p>CARION.</p>



<p>Voilà un homme qui est né pour être malheureux&nbsp;!</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Jupiter, je le sais assez, connaissant toutes les méchancetés de ces drôles-ci, me perdrait sans ressource.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Est-ce qu’il ne te fait pas déjà assez de mal de te laisser marcher ainsi à tâtons sans savoir où tu vas&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Je ne sais, mais je le crains terriblement.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Est-il vrai&nbsp;? Ô le plus poltron de tous les dieux&nbsp;! Eh&nbsp;! crois-tu que tout l’empire de Jupiter et tous ses tonnerres valussent seulement un triobole, si tu recouvrais la vue, ne fût-ce que pour un moment&nbsp;?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Ah&nbsp;! malheureux, ne dis pas cela&nbsp;!</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Sois tranquille&nbsp;; je vais te prouver que tu es beaucoup plus puissant que Jupiter.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Moi, dis-tu&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>J’en jure par le ciel. Et d’abord, qui est-ce qui fait que Jupiter règne sur les autres dieux&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>C’est l’argent, car il en a beaucoup.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et qui lui donne cet argent&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>C’est lui.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et qui fait que les hommes lui sacrifient&nbsp;? N’est-ce pas aussi Plutus&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>Oui, sans doute, car les hommes ne font des sacrifices à Jupiter que pour le prier de les enrichir.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>C’est donc Plutus qui est cause de tous les sacrifices, et, s’il voulait, il les ferait cesser tous dans un moment.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Comment cela&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Parce que, si tu voulais, il n’y aurait pas un homme qui lui sacrifiât désormais ni bœufs, ni brebis, ni qui lui offrît la moindre chose, pas un gâteau.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Comment donc&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Comment donc&nbsp;? Hé, parce que personne n’aurait d’argent pour en acheter, si tu n’en donnais, de sorte que si Jupiter s’avisait de te chagriner, tu pourrais, toi seul, détruire toute sa puissance.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Que dis-tu&nbsp;? C’est moi qui suis cause qu’on lui sacrifie&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oui, certes&nbsp;; et bien plus, c’est que, parmi les hommes, il n’y a rien de beau et d’agréable que par toi, et aujourd’hui les richesses font tout.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Moi, par exemple, je suis esclave à cause d’un peu d’argent que mon maître a donné pour moi et parce que je ne suis pas riche.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et ne dit-on pas que si un homme sans fortune va chez les courtisanes de Corinthe, elles ne l’écoutent même pas, mais que, si c’est un riche, il n’y a point de caresses qu’elles ne lui fassent<strong> (<sup data-fn="01ba0bc4-ecbf-490b-ad73-6b52778ae63e" class="fn"><a href="#01ba0bc4-ecbf-490b-ad73-6b52778ae63e" id="01ba0bc4-ecbf-490b-ad73-6b52778ae63e-link">1</a></sup>)</strong>?</p>



<p>CARION.</p>



<p>Tous les jeunes garçons en font autant&nbsp;: ils se donnent non pour les beaux yeux de leurs amis, mais pour leur argent.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oui, les coquins, et non pas ceux qui sont honnêtes, car ceux-ci ne prennent point d’argent.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Quoi donc&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oh&nbsp;! l’un demande un beau cheval, l’autre des chiens de chasse.</p>



<p>CARION.</p>



<p>C’est sans doute qu’ils ont honte de demander de l’argent, et ils demandent autre chose pour mieux couvrir leur infamie.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>C’est toi qui es cause que les hommes ont inventé toutes sortes de métiers, de ruses et de fourberies&nbsp;; l’un, assis dans sa boutique, détaille le cuir.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Un autre est serrurier, un autre menuisier.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Un autre fond l’or qu’il a reçu de toi.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Celui-là, par Jupiter, vole les manteaux, celui-ci perce les murs.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>L’un est foulon.</p>



<p>CARION.</p>



<p>L’autre lave des laines.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Celui-ci tanne des cuirs, celui-là vend des oignons.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Et, à cause de toi, un pauvre diable surpris en adultère est épilé.<strong> <sup data-fn="78116d30-bab8-439c-ab68-023db549ee47" class="fn"><a href="#78116d30-bab8-439c-ab68-023db549ee47" id="78116d30-bab8-439c-ab68-023db549ee47-link">2</a></sup></strong></p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Que je suis malheureux d’avoir ignoré cela si longtemps&nbsp;!</p>



<p>CARION.</p>



<p>N’est-ce pas toi qui donnes tant d’orgueil au grand roi&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>N’est-ce pas pour l’amour de toi que les Athéniens s’assemblent si souvent<strong> <sup data-fn="081e967a-e00b-4a4f-958f-38fede786305" class="fn"><a href="#081e967a-e00b-4a4f-958f-38fede786305" id="081e967a-e00b-4a4f-958f-38fede786305-link">3</a></sup>&nbsp;</strong>?</p>



<p>CARION.</p>



<p>Hé quoi&nbsp;? Les trirèmes, n’est-ce pas toi qui les équipes<strong> <sup data-fn="090c467e-d329-4c6c-9158-6c67131048c9" class="fn"><a href="#090c467e-d329-4c6c-9158-6c67131048c9" id="090c467e-d329-4c6c-9158-6c67131048c9-link">4</a></sup> </strong>?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>N’est-ce pas lui qui paye les troupes étrangères que nous entretenons à Corinthe<strong> <sup data-fn="3db9c1ef-c799-4119-939a-3124e6b506d6" class="fn"><a href="#3db9c1ef-c799-4119-939a-3124e6b506d6" id="3db9c1ef-c799-4119-939a-3124e6b506d6-link">5</a></sup>&nbsp;</strong>?</p>



<p>CARION.</p>



<p>N’est-ce pas à cause de lui que Pamphile est si affligé<strong> <sup data-fn="30e54f4e-8034-46c4-975b-71b741bfd3ba" class="fn"><a href="#30e54f4e-8034-46c4-975b-71b741bfd3ba" id="30e54f4e-8034-46c4-975b-71b741bfd3ba-link">6</a></sup> </strong>?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et que Bélonopole a tant de chagrin du malheur de Pamphile&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>N’est-ce pas lui qui fait qu’Agyrrhius pète si fort&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>N’est-ce pas à cause de toi que Philepsius récite des fables&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>N’est-ce pas toi qui es cause qu’on envoie du secours aux Égyptiens&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Laïs n’aime-t-elle pas Philonide pour l’amour de toi&nbsp;?</p>



<p>CARION.</p>



<p>Et la tour de Timothée&#8230;<strong> <sup data-fn="47ebca8f-716e-42a3-b098-458cfdc1ba92" class="fn"><a href="#47ebca8f-716e-42a3-b098-458cfdc1ba92" id="47ebca8f-716e-42a3-b098-458cfdc1ba92-link">7</a></sup>&nbsp;</strong>?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p><em>(À Carion)&nbsp;:</em> Puisse-t-elle tomber sur toi. <em>(À Plutus)&nbsp;:</em> Enfin tout ce que l’on fait, n’est-ce pas à cause de toi&nbsp;? Tu es seul la cause de tous les maux et de tous les biens&nbsp;; sache bien qu’il en est ainsi.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Et, à la guerre, la balance penche toujours en faveur de ceux sur qui il se repose<strong> <sup data-fn="30db86cd-f429-4fe2-aad0-1cc67f6be1e2" class="fn"><a href="#30db86cd-f429-4fe2-aad0-1cc67f6be1e2" id="30db86cd-f429-4fe2-aad0-1cc67f6be1e2-link">8</a></sup>&nbsp;</strong>?</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Quoi, moi seul, je pourrais faire tout cela&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et bien d’autres encore&nbsp;; aussi personne ne s’est jamais lassé de toi. On se lasse de tout le reste&nbsp;: d’amour&#8230;..</p>



<p>CARION.</p>



<p>De pain.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>De musique.</p>



<p>CARION.</p>



<p>De friandises.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>De gloire.</p>



<p>CARION.</p>



<p>De gâteaux.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>De bravoure.</p>



<p>CARION.</p>



<p>De figues.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>D’ambition.</p>



<p>CARION.</p>



<p>De bouillie.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>De commandement.</p>



<p>CARION.</p>



<p>De lentilles.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Mais de toi jamais personne ne s’en est lassé, et si quelqu’un a treize talents, il désire en avoir seize. S’il arrive à seize, il en souhaite aussitôt quarante, sans quoi il assure que la vie lui est insupportable.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>En vérité, il me semble que vous me dites là de belles choses&nbsp;; je n’ai qu’une crainte.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Laquelle&nbsp;? Dis.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>De n’avoir jamais ce pouvoir dont vous me parlez.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Eh&nbsp;! par Jupiter, c’est bien justement que tout le monde dit qu’il n’y a personne de si peureux que Plutus.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Point du tout. C’est un voleur qui m’a ainsi calomnié autrefois, parce qu’un jour, étant entré dans une maison et y ayant tout trouvé sous clef, il ne put rien emporter. Alors il a appelé peur ma prévoyance.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oh ça&nbsp;! ne te mets donc point en peine. Car si tu te montres empressé pour nos intérêts, je ferai assurément que tu auras la vue plus perçante que Lyncée<strong><sup> </sup><sup data-fn="b9404c4a-df5a-4870-b544-b4bfee6d3ce8" class="fn"><a href="#b9404c4a-df5a-4870-b544-b4bfee6d3ce8" id="b9404c4a-df5a-4870-b544-b4bfee6d3ce8-link">9</a></sup>.</strong></p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Et comment pourrais-tu le faire, toi qui n’es qu’un mortel&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>J’ai bonne espérance de ce qu’Apollon m’a dit, en agitant son laurier.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Est-ce qu’Apollon est du secret&nbsp;?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oui, je te dis.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Prends garde&nbsp;!</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>N’aie point peur&nbsp;; car, sache-le bien, je prétends moi-même en venir à bout, quand j’en devrais mourir.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Et moi, je prétends aussi être de la partie.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Oh&nbsp;! il y aura bien d’autres gens disposés à nous aider, qui, tous, pleins de probité, n’ont pas de quoi vivre.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Aïe&nbsp;! tu me parles là d’un pauvre secours&nbsp;!</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Point du tout, si, une fois, ils sont riches. Mais, Carion, cours tant que tu pourras.</p>



<p>CARION.</p>



<p>Que faire&nbsp;? Dis.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Va vite appeler tous mes confrères les laboureurs&nbsp;; tu les trouveras sans doute dans les champs, se donnant bien du mal&nbsp;; dis-leur qu’ils viennent tous ici, afin qu’ils partagent avec nous les largesses de Plutus.</p>



<p>CARION.</p>



<p>J’y vais tout de suite; mais qui portera ce morceau de viande au logis<strong> <sup data-fn="2de87a49-f83f-4965-a4d8-ddc99b11992d" class="fn"><a href="#2de87a49-f83f-4965-a4d8-ddc99b11992d" id="2de87a49-f83f-4965-a4d8-ddc99b11992d-link">10</a></sup>&nbsp;</strong>?</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Je m’en chargerai&nbsp;; hâte-toi.</p>



<p>PLUTUS, CHRÉMYLE.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Et toi, ô de tous les immortels le plus puissant, grand Plutus, entre avec moi ici dans cette maison, car c’est celle qu’il faut que tu remplisses aujourd’hui de toutes sortes de biens, justement ou injustement.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Mais, en vérité, il me peine d’entrer dans une maison étrangère, jamais il ne m’y est arrivé rien de bon&nbsp;; car si j’entre chez quelque avare, d’abord il fait une fosse très profonde dans la terre et il m’y cache, et, si quelque honnête homme de ses amis vient le prier de lui prêter quelque peu d’argent, il jure qu’il ne m’a vu de sa vie. Si, d’un autre côté, je tombe entre les mains de quelque extravagant débauché, il me livre aux filles de joie et au jeu, et me joue au premier coup de dés, de sorte qu’en fort peu de temps l’on me met tout nu à la porte.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>C’est que jamais tu n’as rencontré personne qui sache tenir le milieu comme moi&nbsp;; mais il n’y a point d’homme au monde qui aime plus à épargner que moi et à dépenser aussi quand il le faut. Mais entrons chez nous, car je veux que ma femme et mon fils te voient, mon fils unique, qu’après toi j’aime plus que tout ce qu’il y a au monde.</p>



<p>PLUTUS.</p>



<p>Je le crois.</p>



<p>CHRÉMYLE.</p>



<p>Car pourquoi ne te dirait-on pas la vérité&nbsp;?</p>



<p><em>(Ils entrent dans la maison.)</em></p>



<p>…</p>



<p></p>



<p><strong>Notes </strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="01ba0bc4-ecbf-490b-ad73-6b52778ae63e">C’est de là qu’est venu le proverbe : « Tout le monde ne peut pas aller à Corinthe. » <a href="#01ba0bc4-ecbf-490b-ad73-6b52778ae63e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1">↩︎</a></li><li id="78116d30-bab8-439c-ab68-023db549ee47">Tel était le châtiment en usage en pareil cas. La loi de Solon ne renfermait aucune pénalité pour ce délit. — Carion fait allusion aux femmes qui payent leurs amants. <a href="#78116d30-bab8-439c-ab68-023db549ee47-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2">↩︎</a></li><li id="081e967a-e00b-4a4f-958f-38fede786305">Chaque citoyen se rendant à l’assemblée recevait trois oboles <a href="#081e967a-e00b-4a4f-958f-38fede786305-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3">↩︎</a></li><li id="090c467e-d329-4c6c-9158-6c67131048c9">Les trirèmes (bateau de combat) étaient équipées aux frais des citoyens les plus riches. <a href="#090c467e-d329-4c6c-9158-6c67131048c9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4">↩︎</a></li><li id="3db9c1ef-c799-4119-939a-3124e6b506d6">Aristophane fait ici aux Athéniens un reproche qui leur a été fait, en plus d’une occasion, par Démosthène. Les Athéniens étaient devenus lâches, timides et paresseux ; au lieu d’aller à la guerre, ils y entretenaient des armées soudoyées, qui leur coûtaient fort cher. C’est ce qu’Aristophane blâme ici très ingénieusement. <a href="#3db9c1ef-c799-4119-939a-3124e6b506d6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5">↩︎</a></li><li id="30e54f4e-8034-46c4-975b-71b741bfd3ba">Il avait été exilé pour avoir détourné des fonds de l’État. <a href="#30e54f4e-8034-46c4-975b-71b741bfd3ba-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6">↩︎</a></li><li id="47ebca8f-716e-42a3-b098-458cfdc1ba92">On suppose qu’il s’agit d’une tour magnifique que faisait élever le riche Timothée. <a href="#47ebca8f-716e-42a3-b098-458cfdc1ba92-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7">↩︎</a></li><li id="30db86cd-f429-4fe2-aad0-1cc67f6be1e2">La même idée se trouve dans Démosthène, qui dit quelque part : « Sans argent, à la guerre, on ne peut rien entreprendre de tout ce qu’il faut faire. » <a href="#30db86cd-f429-4fe2-aad0-1cc67f6be1e2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8">↩︎</a></li><li id="b9404c4a-df5a-4870-b544-b4bfee6d3ce8">Lyncée, un des Argonautes, renommé pour sa vue perçante. <a href="#b9404c4a-df5a-4870-b544-b4bfee6d3ce8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9">↩︎</a></li><li id="2de87a49-f83f-4965-a4d8-ddc99b11992d">C’était une part de la victime que Chrémyle avait offerte. <a href="#2de87a49-f83f-4965-a4d8-ddc99b11992d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10">↩︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>
  Gobseck &#8211; Balzac</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Oct 2023 17:11:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[L'argent]]></category>
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					<description><![CDATA[Si vous aviez vécu autant que moi vous sauriez qu’il n’est qu’une seule chose matérielle dont la valeur soit assez certaine pour qu’un homme s’en occupe. Cette chose... c’est L’OR. L’or représente toutes les forces humaines.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Gobseck est une nouvelle de Balzac</em></strong></p>



<p>Vous êtes jeune, vous avez les idées de votre sang, vous voyez des figures de femme dans vos tisons, moi je n’aperçois que des charbons dans les miens. Vous croyez à tout, moi je ne crois à rien. Gardez vos illusions, si vous le pouvez. Je vais vous faire le décompte de la vie. Soit que vous voyagiez, soit que vous restiez au coin de votre cheminée et de votre femme, il arrive toujours un âge auquel la vie n’est plus qu’une habitude exercée dans un certain milieu préféré. Le bonheur consiste alors dans l’exercice de nos facultés appliquées à des réalités. Hors ces deux préceptes, tout est faux. Mes principes ont varié comme ceux des hommes, j’en ai dû changer à chaque latitude. Ce que l’Europe admire, l’Asie le punit. Ce qui est un vice à Paris, est une nécessité quand on a passé les Açores. Rien n’est fixe ici-bas, il n’y existe que des conventions qui se modifient suivant les climats. Pour qui s’est jeté forcément dans tous les moules sociaux, les convictions et les morales ne sont plus que des mots sans valeur. Reste en nous le seul sentiment vrai que la nature y ait mis : l’instinct de notre conservation. Dans vos sociétés européennes, cet instinct se nomme intérêt personnel. Si vous aviez vécu autant que moi vous sauriez qu’il n’est qu’une seule chose matérielle dont la valeur soit assez certaine pour qu’un homme s’en occupe. Cette chose&#8230; c’est L’OR. L’or représente toutes les forces humaines. J’ai voyagé, j’ai vu qu’il y avait partout des plaines ou des montagnes : les plaines ennuient, les montagnes fatiguent ; les lieux ne signifient donc rien. Quant aux mœurs, l’homme est le même partout : partout le combat entre le pauvre et le riche est établi, partout il est inévitable ; il vaut donc mieux être l’exploitant que d’être l’exploité ; partout il se rencontre des gens musculeux qui travaillent et des gens lymphatiques qui se tourmentent ; partout les plaisirs sont les mêmes, car partout les sens s’épuisent, et il ne leur survit qu’un seul sentiment, la vanité ! La vanité, c’est toujours le moi. La vanité ne se satisfait que par des flots d’or. Nos fantaisies veulent du temps, des moyens physiques ou des soins. Eh ! bien, l’or contient tout en germe, et donne tout en réalité. Il n’y a que des fous ou des malades qui puissent trouver du bonheur à battre les cartes tous les soirs pour savoir s’ils gagneront quelques sous. Il n’y a que des sots qui puissent employer leur temps à se demander ce qui se passe, si madame une telle s’est couchée sur son canapé seule ou en compagnie, si elle a plus de sang que de lymphe, plus de tempérament que de vertu. Il n’y a que des dupes qui puissent se croire utiles à leurs semblables en s’occupant à tracer des principes politiques pour gouverner des événements toujours imprévus. Il n’y a que des niais qui puissent aimer à parler des acteurs et à répéter leurs mots ; à faire tous les jours, mais sur un plus grand espace, la promenade que fait un animal dans sa loge ; à s’habiller pour les autres, à manger pour les autres ; à se glorifier d’un cheval ou d’une voiture que le voisin ne peut avoir que trois jours après eux. N’est-ce pas la vie de vos Parisiens traduite en quelques phrases ? Voyons l’existence de plus haut qu’ils ne la voient. Le bonheur consiste ou en émotions fortes qui usent la vie, ou en occupations réglées qui en font une mécanique anglaise fonctionnant par temps réguliers. Au-dessus de ces bonheurs, il existe une curiosité, prétendue noble, de connaître les secrets de la nature ou d’obtenir une certaine imitation de ses effets. N’est-ce pas, en deux mots, l’Art ou la Science, la Passion ou le Calme ? Hé ! bien, toutes les passions humaines agrandies par le jeu de vos intérêts sociaux, viennent parader devant moi qui vis dans le calme. Puis, votre curiosité scientifique, espèce de lutte où l’homme a toujours le dessous, je la remplace par la pénétration de tous les ressorts qui font mouvoir l’Humanité. En un mot, je possède le monde sans fatigue, et le monde n’a pas la moindre prise sur moi.</p>
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		<title>
  Timon d&#8217;Athènes &#8211; Shakespeare</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Oct 2023 17:05:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[L'argent]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce peu d’or suffirait à rendre blanc, le noir ; beau, le laid ; — juste, l’injuste ; noble, l’infâme ; jeune, le vieux ; vaillant, le lâche.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong>Timon</strong></p>



<p>Que vois-je là&nbsp;? — De l’or&nbsp;! ce jaune, brillant et précieux métal&nbsp;! Non, dieux bons&nbsp;! — je ne fais pas&nbsp;de vœux frivoles&nbsp;: des racines, cieux sereins&nbsp;! — Ce peu d’or suffirait à rendre blanc, le noir&nbsp;; beau, le laid&nbsp;; — juste, l’injuste&nbsp;; noble, l’infâme&nbsp;; jeune, le vieux&nbsp;; vaillant, le lâche. — Ah&nbsp;! dieux, à quoi bon ceci&nbsp;? Qu’est-ce ceci, dieux&nbsp;? Eh bien, — ceci écartera de votre droite vos prêtres et vos serviteurs&nbsp;; ceci arrachera l’oreiller du chevet des malades. Ce jaune agent — tramera et rompra les vœux, bénira le maudit, — fera adorer la lèpre livide, placera les voleurs, — en leur accordant titre, hommage et louange, — sur le banc des sénateurs&nbsp;; c’est ceci — qui décide la veuve éplorée à se remarier. — Celle qu’un hôpital d’ulcérés hideux — vomirait avec dégoût, ceci l’embaume, la parfume, — et lui fait un nouvel avril… Allons poussière maudite, — prostituée à tout le genre humain, qui mets la discorde — dans la foule des nations, je veux te rendre — ta place dans la nature.</p>



<p>(…)</p>



<p>(Il regarde l’or.)</p>



<p>— Ô toi, doux régicide&nbsp;! cher agent de divorce — entre le fils et le père&nbsp;! brillant profanateur — du lit le plus pur&nbsp;d’Hymen&nbsp;! vaillant Mars&nbsp;! — séducteur toujours jeune, frais, délicat et aimé — dont la rougeur fait fondre la neige consacrée — qui couvre le giron de Diane&nbsp;! dieu visible — qui rapproches les incompatibles — et les fais se baiser&nbsp;! qui parles par toutes les bouches — dans tous les sens&nbsp;! Ô pierre de touche des cœurs&nbsp;! — traite en rebelle l’humanité, ton esclave, et par ta vertu — jette-la dans un chaos de discordes, en sorte que les bêtes — puissent avoir l’empire du monde&nbsp;!</p>
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		<title>
  Le Baron avare &#8211; Alexandre Pouchkine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Classiclass]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Oct 2023 16:52:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[L'argent]]></category>
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					<description><![CDATA[Ainsi qu’un jeune écervelé attend l’heure du rendez-vous avec quelque rusée courtisane ou quelque sotte qu’il a trompée, ainsi ai-je attendu tout le jour l’instant où je pourrais descendre dans mon secret caveau, pour revoir mes coffres fidèles.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="bsf_rt_marker"></div>
<p><strong><em>Le Baron avare est une courte pièce de théâtre du grand auteur russe Alexandre Pouchkine</em></strong></p>



<p class="has-text-align-center"> <style>@font-face {font-family:"Cambria Math"; panose-1:2 4 5 3 5 4 6 3 2 4; mso-font-charset:0; mso-generic-font-family:auto; mso-font-pitch:variable; mso-font-signature:-536870145 1107305727 0 0 415 0;}p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-unhide:no; mso-style-qformat:yes; mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"Times New Roman";}.MsoChpDefault {mso-style-type:export-only; mso-default-props:yes; font-size:10.0pt; mso-ansi-font-size:10.0pt; mso-bidi-font-size:10.0pt;}div.WordSection1 {page:WordSection1;}</style>Un caveau. Le vieux baron, seul. </p>



<p>Ainsi qu’un jeune écervelé attend l’heure du rendez-vous avec quelque rusée courtisane ou quelque sotte qu’il a trompée, ainsi ai-je attendu tout le jour l’instant où je pourrais descendre dans mon secret caveau, pour revoir mes coffres fidèles. Heureuse journée ! je puis jeter une poignée d’or, qu’aujourd’hui j’ai rassemblée, dans le sixième coffre qui n’est pas encore rempli. Cela paraît peu de chose ; mais les trésors croissent peu à peu. J’ai lu quelque part qu’un roi puissant ordonna un jour aux soldats de son arme d’apporter chacun une poignée de terre en un certain lieu, et une fière colline se dressa, et le roi put de cette hauteur contempler avec joie et la plaine couverte de tentes blanchissantes, et la mer où couraient ses nombreux vaisseaux. Ainsi moi, apportant par pauvres poignées mon tribut journalier à ce caveau, j’ai aussi dressé ma colline, et de sa hauteur je puis aussi contempler tout ce qui m’est soumis. Qu’est-ce qui ne m’est pas soumis ? D’ici je puis gouverner le monde comme un esprit d’en haut. Je n’ai qu’à vouloir, et de splendides palais s’élèveront. Les nymphes accourront en troupes folâtres dans mes jardins magnifiques ; les Muses m’apporteront leurs offrandes, le libre génie demandera à devenir mon esclave, et la vertu, et le travail avec ses veilles attendront humblement de moi leur récompense. Je n’aurai qu’à siffler, et le crime ensanglanté entrera en rampant, obéissant et craintif, et me léchera la main, et me regardera dans les yeux pour chercher à y lire ma volonté. Tout est soumis à moi, moi je ne le suis à rien, car je suis au dessus de tout désir. Je suis calme, je sais ma force, et cette conscience me suffit. </p>



<p>(Il regarde l’or dans sa main.) <br><br>Oui, cela paraît peu de chose ; et pourtant combien de soucis, de tromperies, de mensonges, de larmes, de prières, de malédictions sont représentés là ! Voici un vieux ducat, une veuve me l’a donné aujourd’hui ; mais auparavant elle a passé une demi-journée sous ma fenêtre, avec ses trois enfants, agenouillée et hurlant des supplications. La pluie tomba, et cessa, et tomba de nouveau ; l’hypocrite ne bougeait point. J’aurais pu la chasser ; mais quelque chose me disait en secret qu’elle avait apporté la dette de son mari. Elle ne voudra point, pensai-je, aller en prison dès demain. Et cet autre ducat, c’est Thibaut qui me l’a apporté. Où l’a-t-il pu prendre, le fainéant ? Il l’a volé, sans doute ; ou peut-être, là, près de la grande route, la nuit, dans un bois… Oui, si toutes les larmes, toute la sueur, tout le sang répandus pour tout ce qui est amoncelé ici pouvaient sortir tout à coup du sein de la terre, il se ferait un nouveau déluge, et je serais noyé au fond de mes fidèles souterrains. — Mais il est temps. </p>



<p>(Le baron apprête sa clef.) </p>



<p>Chaque fois que je veux ouvrir un de mes coffres, j’éprouve un frisson de chaud et de froid. Ce n’est pas de la crainte (oh ! non, qui pourrais-je craindre ? j’ai là mon épée, et le loyal acier me répond de mon or) ; mais je ne sais quel indéfinissable sentiment m’oppresse le cœur. Les médecins nous assurent que des gens trouvent un charme étrange dans l’assassinat. Quand j’introduis ma clef dans la serrure, je ressens ce qu’ils doivent ressentir en enfonçant le couteau dans la victime. C’est à la fois terrible et délicieux. </p>



<p>(Il ouvre le coffre.) </p>



<p>Voilà ma félicité ! </p>



<p>(Il y jette la poignée d’or.) </p>



<p>Allez, vous. C’est assez errer par le monde, assez servir aux passions et aux besoins des hommes. Endormez-vous ici du sommeil de la force et du calme éternel, comme dorment les dieux dans les cieux profonds… Je veux aujourd’hui m’arranger une fête. Je vais allumer une torche devant chacun des coffres, et je les ouvrirai tous, et je repaîtrai mes regards de tous ces monceaux éblouissants. </p>



<p>(Il allume des torches, et ouvre successivement tous ses coffres.) </p>



<p>Je règne… quel éclat magique ! quel empire ! qu’il est fort et qu’il m’est obéissant ! Voici le bonheur, voici la gloire, voici l’honneur ! Je règne, je suis roi… Mais, à qui doit échoir ce pouvoir après moi ? Mon héritier, un fou, un dissipateur, le compagnon de débauches impudiques… À peine serai-je mort, lui, il va descendre ici, sous ces tranquilles et délicieuses voûtes, avec une nuée de flatteurs et d’avides parasites. Après avoir volé mes clefs sur mon cadavre, il ouvrira mes coffres en riant ; et mes trésors couleront dans les poches trouées des pourpoints de soie. Il brisera les vases sacrés ; il saturera la boue avec la myrrhe des rois, il jettera au vent… Mais de quel droit ? Tout cela m’est-il venu en dormant ? ou en plaisantant comme un joueur qui fait bruire des dés et ramasse au râteau des tas d’or ? Qui sait ce que cela m’a coûté d’amères abstinences, de passions domptées, de noirs soucis, de jours sans repos, de nuits sans sommeil ? Mon fils dira-t-il que mon cœur s’est enveloppé de mousse et que je n’ai jamais connu les désirs, ou que la conscience ne m’a jamais mordu, la conscience, cet animal à griffes qui égratigne le cœur, la conscience, ce visiteur qu’on n’a pas invité, ce créancier brutal, cette sorcière qui troublerait jusqu’à la paix des tombeaux et leur ferait vomir leurs morts ? Non, gagne ta richesse, souffre. Et alors nous verrons, malheureux, si tu dissiperas ce que tu auras gagné à la perte de ton sang. Oh ! si je pouvais cacher ce caveau à tous les regards indignes ! oh ! si je pouvais sortir du sépulcre, et m’asseoir sur ce coffre comme une ombre gardienne, et, comme je le fais à cette heure, défendre mes trésors contre l’approche de tout vivant !</p>
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